Champagne (le Champagne en 2016)

Le Champagne est sans conteste le vin le plus célèbre du monde. Son vignoble le plus septentrional de France occupe 33 700 ha. Il compte 300 maisons de Champagne, 15 000 exploitants viticoles et une production de 312 millions de bouteilles* (1,8 % de plus qu’en 2014) pour un chiffre d’affaire qui a atteint en 2015, 4,75 milliards d’€.

*Dont pour la France, 162,2 millions de bouteilles vendues, même chiffre qu’en 2014 mais après plusieurs années de crise.

2015, une année à marquer d’une pierre blanche 

2015, quelle année pour le Champagne ! Sûrement à marquer d’une pierre blanche comme la craie de son sous-sol. D’abord c’est l’année où après 8 ans d’attente, 3 sites de la Champagne étaient inscrits officiellement sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Unesco (dans la catégorie Paysage culturel) : l’avenue de Champagne à Epernay, la colline Saint-Nicaise à Reims et les coteaux historiques autour d’Epernay. C’est ensuite une année où tout a progressé, le nombre de bouteilles écoulées, le chiffre d’affaires, le rebond des exportations et… bénédiction du ciel, une année climatique exceptionnelle (elles le sont de plus en plus) ce qui a permis une augmentation de la qualité et des rendements.

 

Epernay Avenue de Champagne

Epernay, Avenue de Champagne, l’un des 3 sites de la Champagne inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Unesco en 2015 (Photo FC)

Le Champagne, un vin et une méthode 

D’abord une question se pose, le Champagne est-il un vin ou une méthode, la fameuse méthode champenoise ? Les deux, en fait. Seule la conjonction d’un vin de très grande qualité et son traitement selon la méthode champenoise permettent d’obtenir un véritable champagne. Dom Pérignon, cellérier de l’abbaye d’Hautvillers n’a pas inventé la mousse au XVIIe siècle comme on le croit ; il a su par contre en excellent technicien et grâce à une sévère sélection de cépages (voir plus bas) améliorer la qualité. Le champagne lui doit l’une de ses règles d’or, les assemblages de raisins. Il pratiqua avec talent les soutirages et les collages, réussissant à stabiliser les vins et à garder leur mousse. Aujourd’hui, sous une appellation unique, il existe une multitude de champagne, vin civilisateur selon le mot de Talleyrand qui, par le monde, fut souvent imité mais jamais surpassé. Doit-on rappeler que Champagne est le deuxième mot français le plus connu dans le monde (après bonjour) !

Les 16 clés pour entrer dans le monde du Champagne

Champagne Duval Leroy Brut AB

Champagne Duval Leroy Brut AB élaboré à partir de vins issus de raisins produits en agriculture biologique

  1. Le climat et le réchauffement climatique
  2. La géologie
  3. Le vignoble champenois
  4. Le classement du Champagne en 3 catégories
  5. Une révision de la délimitation
  6. Viticulture bio et développement durable en Champagne
  7. L’échelle des prix
  8. Une brève histoire du Champagne
  9. Comment élabore-t-on le Champagne ?
  10. Grandes marques et grandes maisons
  11. Les Vignerons indépendants
  12. Les coopératives
  13. Les chiffres clés du Champagne
  14. Les grandes fortunes du Champagne
  15. La route des vins en Champagne
  16. Tableau des Grands et des très Grands millésimes de Champagne

Mais d’abord, le Champagne a établi 6 règles principales :

  • Emploi des cépages suivants : chardonnay, pinot noir, pinot meunier (voir plus bas les cépages secondaires autorisés) ;
  • Taille courte (principalement Royat, Chablis, Guyot) ;
  • Rendement maximum en raisins à l’hectare (en kg/ha) décidé chaque année par l’lnterprofession (voir plus bas) ;
  • Rendement maximum au pressurage de 102 litres pour 160 kilos de raisins ;
  • Degré minimum fixé chaque année ;
  • Conservation en bouteille pendant quinze mois minimum avant expédition, 36 mois pour les millésimes.

Voici donc les seize clés pour vous ouvrir le Champagne :

I – Les six catégories de Champagne

Besserat de Bellfon

Le Champagne chez Besserat de Bellfon à Epernay (Photo FC)


Sous l’appellation Champagne blanc et rosé existent six catégories dont la mention figure sur l’étiquette :

  1. Champagne Millésimé : vins effervescents blancs et rosés
  2. Champagne Cuvée Spéciale de Prestige: vins effervescents blancs et rosés
  3. Champagne Blanc de Blancs : vin effervescent blanc
  4. Champagne Blanc de Noirs : vins effervescents blancs
  5. Champagne Rosé : vin effervescent rosé
  6. Crémant de Champagne : vin effervescent blanc

A cela s’ajoutent 8 spécificités de goût selon le dosage en sucre, une quantité de sucre ajoutée qui permet d’élaborer les différents niveaux de goût, plus ou moins dosés, c’est-à-dire plus ou moins sucrés, définis dans l’Union européenne.

  • extra-Brut (entre 0 et 6 g/l de sucre)
  • brut nature (moins de 3 g/l)
  • brut (moins de 15 g/l en sucre)
  • extra-dry (de 12 à 20 g/l)
  • sec (dry) (de 17 à 35 g/l)
  • demi-sec (de 33 à 50 g/)
  • doux (plus de 50 g/l)

Pour une teneur de moins de 3 grammes, on peut également utiliser les mentions :

  • brut nature,
  • pas dosé,
  • dosage zéro

    Le Brut Nature 2006 de Louis Roederer

    Le Brut Nature 2006 de Louis Roederer et Philippe Starck (Photo FC)

Les autres appellations champenoises

Enfin, à cette longue liste de vins effervescents, il convient d’ajouter les deux vins tranquilles de Champagne (non effervescents) :

II – Les cépages du Champagne

Chardonnay à Chouilly

Chardonnay prêt à être vendangé à Chouilly dans la Marne

  • pinot noir (40 % du vignoble) pour sa puissance, aux arômes de fruits rouges. C’est le premier cépage champenois avec 13 044 ha et premier vignoble de pinot noir dans le monde (avant la Bourgogne).
  • pinot meunier (34 % du vignoble) pour sa souplesse et son fruité.
  • chardonnay (26 % du vignoble) pour la finesse de ses notes florales. Seul, il sert à élaborer le Champagne Blanc de Blancs.

A ces trois cépages qui dominent le Champagne, il existe un complément d’âme apporté par d’autres cépages. Ils furent volontairement estompés pour réapparaître bien timidement aujourd’hui. Ce sont quatre cépages blancs :

Ils sont autorisés mais représentent aujourd’hui moins de 0,5 % du vignoble. Autorisés sans doute mais pas en plantation nouvelle, que sur des droits d’arrachage ! Le CIVC (Comité Interprofessionnel des Vins de Champagne) veille au grain.

III – Le climat et la Champagne face au réchauffement climatique

Ruinart en hiver

Ruinart, chardonnay de la Côte des Blancs en hiver

Le vignoble de Champagne est le plus septentrional de France, jouissant d’un climat continental. Et, paradoxalement, c’est la partie la plus au nord du vignoble qui produit les meilleurs raisins, malgré les durs vents d’hiver, venus en droite ligne de l’Atlantique sans rencontrer d’obstacles majeurs. La température annuelle moyenne ne dépasse jamais 10° C, et les gelées peuvent atteindre -30° C, comme ce fut le cas en 1985. Cependant, les nombreux vallonnements, les forêts et les cours d’eau stabilisent les températures et maintiennent une certaine humidité. Les redoutables gelées de printemps frappent surtout les vallées et les dépressions. C’est pourquoi les vignes sont plantées à mi-côte, et orientées vers le sud ou le sud-est, à deux exceptions près : Verzenay face au nord et la Côte des Blancs face à l’est.

Augmentation climatique en Champagne, 1 degré en 25 ans. Que du bonheur mais au-delà !

En 25 ans, la Champagne a vu sa température moyenne augmenter de 1,2° avec comme conséquences, un risque de gelée dû à un débourrement trop précoce et des vendanges avancée de 13 jours*.  Autres points liés au réchauffement, on constate une teneur en sucre de plus de 8 %, une baisse d’1 g du taux d’acidité et une augmentation de 50 % du poids des grappes de raisin passant de 97 à 140 g. Pour corollaire positive, la viticulture champenoise utilise aujourd’hui moitié moins d’engrais. Donc, plus de rendement et des raisins de meilleure qualité. Cependant si l’augmentation de la teneur en sucres permet de limiter la liqueur de dosage, on note depuis une vingtaine d’années, une diminution de l’acidité, gage essentiel de fraîcheur pour le Champagne. Afin de contrer cette perte d’acidité, certaines maisons ont dors et déjà fait l’impasse (et cela au détriment de la complexité aromatique) sur la fermentation malolactique.

* Depuis 2000, 3 vendanges ont démarré au mois d’août (2003, 2007 et 2011).

Gain de sucre, perte d’acidité et propagation de maladies de la vigne

Plumecoq

Champagne, Domaine de Plumecoq, un des 3 centres expérimentaux gérés par le Comité Champagne (Photo FC)

Si en Champagne, l’oïdium se montrait très discret, on le voit réapparaitre depuis une bonne dizaine d’année. Le CIVC (Comité interprofessionnel des vins de Champagne) constate également l’apparition de nouveaux virus et champignons pathogènes comme le black rot, ou encore l’eudémis (un ravageur de la grappe). Il a également tout mis en œuvre pour lutter contre la flavescence dorée et travaille aussi pour mettre au point des cépages offrant une plus grande résistance aux maladies. Toutes ces recherches se font à partir de trois vignobles expérimentaux gérés par le Comité Champagne : Plumecoq, Gionges et Essoyes. Concrètement on assiste à de nouvelles pratiques culturales pour lutter contre le réchauffement climatique comme des haies arbustives, l’enherbement des rangs de vigne pour réduire l’érosion, de nouveaux systèmes de taille, une réduction de l’effeuillage pour protéger les raisins du soleil, plus d’espace donné aux plants de vigne, etc.

IV – La géologie

La réussite de la vigne en Champagne tient surtout à la nature du sol. Cette énorme masse de craie qui atteint jusqu’à 100 m d’épaisseur joue un triple rôle :

  1. Elle favorise la maturation du raisin, à la fois par sa capacité à retenir l’humidité, à renvoyer le rayonnement solaire vers les grains et à emmagasiner la chaleur le jour pour la restituer la nuit.
  2. Les racines y pénètrent profondément, jusqu’à 10, voire 20 m, y puisant les éléments minéraux qui concourent à la finesse du vin.
  3. Enfin, on a pu y creuser facilement les immenses caves fraîches, sèches et propres, où le champagne vieillit idéalement à la température constante de 10° C. Ces caves, généralement ouvertes à la visite, représentent un réseau de galeries long de plus de 250 km, essentiellement sous les villes de Reims et d’Épernay.

V – Le vignoble champenois

Carte-de-la-Champagne-viticole

Carte de la Champagne viticole – © Editions Belin / Stéphane Plet

La superficie du vignoble champenois déclaré en AOC se monte à 33 500 ha dont près de 21 000 ha sur le seul département de la Marne. Il doit sa richesse à son morcellement ; chaque village constitue un cru (le produit d’un terroir et d’un climat). Il faut se rappeler que le vignoble de la Champagne est ancien et historiquement très vaste. En 1865, il s’étendait sur 65.000 ha. L’apparition du phylloxéra, à la fin du XIXe siècle puis, la guerre de 1914-18 vont en réduire considérablement la surface, celle-ci représentant environ 12 000 ha à la fin d’un conflit dévastateur pour la Champagne. Mais dès 1927, la Champagne a été la première région française à fixer les limites de sa zone d’appellation. Elle est encore aujourd’hui morcelée et s’étend principalement sur les départements de la Marne (72 % des surfaces en production) et de l’Aube (21 %), avec 5 régions principales (Montagne de Reims, Côte des Blancs,Vallée de la Marne, Côte de Sézanne et Côte des Bar) ainsi que sur quelques communes de l’Aisne, de la Haute Marne et de la Seine et Marne soit 319 communes (voir la liste plus bas).

Clos du Moulin, Montagne de Reims

Montagne de Reims, le Clos du Moulin, près de Chigny-les-Roses, le retour du cheval (Photo FC)

Les cinq régions de la zone d’appellation :

  • Montagne et Val de Reims : des coteaux entre le plateau et la vallée de l’Ardre et de la Vesle exposés au sud avec comme cépages dominants, pinot noir et pinot meunier.
  • Vallée de la Marne : des coteaux qui d’Aÿ jusque dans l’Aisne au-delà de Château-Thierry sont à prédominance argilo-calcaire avec le pinot meunier comme cépage dominant (62 %).
  • Côte des Blancs et Sézannais, royaume du chardonnay (82 %). La craie y est omniprésente. Les coteaux relient du nord au sud Épernay aux coteaux du Sézannais.
  • Côte des Bar entre Seine et Aube, au sud de la Champagne. Sur des sols crayeux à tendance marneuse, le pinot noir domine (87 %).

    Champagne Côte des Bar, village de Balnot-sur-Laignes

    Champagne Côte des Bar, village de Balnot-sur-Laignes dans l’Aube près Des Riceys.

VI – Un classement en trois catégories

Le vignoble champenois est classé en 3 catégories. Il comprend 320 villages sachant que chaque village est considéré comme un cru.

Première catégorie : 17 villages classés Grands Crus

Ces 17 villages sont tous situés dans le département de la Marne. Seuls les propriétaires ayant la totalité de leurs vignes dans un ou plusieurs villages grands crus peuvent mentionner Grand Cru sur l’étiquette de leurs bouteilles. Ce classement est fondé sur des critères de sous-sols, de pente et d’exposition.

  • Ambonnay,
  • Avize,
  • Aÿ,
  • Beaumont-sur-Vesle,
  • Bouzy,
  • Chouilly,
  • Cramant,
  • Louvois,
  • Mailly-Champagne,
  • Le Mesnil-sur-Oger,
  • Oger,
  • Oiry,
  • Puisieulx,
  • Sillery,
  • Tours-sur-Marne,
  • Verzenay,
  • Verzy

Deuxième catégorie : 44 villages classés Premiers Crus

Hautvillers

Hautvillers, vignoble qui monte vers l’abbaye de Dom Pérignon (Photo FC)


 

  • Avenay,
  • Bergères-les-Vertus,
  • Bezannes,
  • Billy le Grand,
  • Bisseuil,
  • Chamery,
  • Champillon,
  • Chigny les Roses,
  • Chouilly (pinot noir),
  • Coligny (chardonnay),
  • Cormontreuil,
  • Coulommes la Montagne,
  • Cuis,
  • Cumières,
  • Dizy,
  • Ecueil,
  • Etrechy (chardonnay),
  • Grauves,
  • Hautvillers,
  • Jouy les Reims,
  • Les Mesneus,
  • Ludes,
  • Mareuil sur Aÿ,
  • Montbré,
  • Mutigny,
  • Pargny les Reims,
  • Pierry,
  • Rilly la Montagne,
  • Sacy,
  • Sermiers,
  • Taissy,
  • Tauxières,
  • Tours-sur-Marne (chardonnay),
  • Trépail,
  • Trois Puits,
  • Vaudemanges,
  • Vertus,
  • Villedommange,
  • Villeneuve Renneville,
  • Villers Allerand,
  • Villers aux Noeuds,
  • Villers Marmery,
  • Voipreux,
  • Vrigny

Troisième catégorie

Elle regroupe tous les autres, les 255 villages restants sur 25 000 ha. Ils ont droit à l’appellation Seconds Crus qui est très peu utilisée.

VII – Une révision de la délimitation

vignoble Moët & Chandon, vallée de la Marne

Vignoble Moët & Chandon sur les coteaux de la vallée de la Marne (Photo FC)


Depuis 1936, la surface a crû de 1 % par an en moyenne en grignotant mètre par mètre sur cet immense jeu de marqueterie formé de 280 000 parcelles que représente le vignoble champenois. Mais il n’y a plus aujourd’hui de place pour planter de nouvelles vignes. Pour s’agrandir, il faut prendre sur le voisin (ou la concurrence) sachant que cette terre champenoise vaut de l’or (en moyenne, il faut compter 1 million d’€ par ha). Voilà une dizaine d’année qu’une procédure visant à la révision de la délimitation de l’appellation a été lancée en étroite relation avec l’ensemble de l’inter-profession. Dans un premier temps, la procédure a pour objectif d’intégrer dans l’aire de production du vin de Champagne une quarantaine de nouvelles communes, sélectionnées selon de stricts critères géologiques, techniques et historiques. Elles sont situées actuellement sur des terres agricoles de l’Aube, l’Aisne, la Haute-Marne et la Marne.

A  titre indicatif, voici la liste des nouvelles communes qui pourraient rentrer dans l’appellation  :

  • Dans la Marne : Baslieux-lès-Fismes, Blacy, Boissy-le-Repos, Bouvancourt, Breuil-sur-Vesle, Bussy-le-Repos, Champfleury, Courlandon, Courcy, Courdemanges, Fismes, Huiron, La Ville-sous-Orbais, Le Thoult-Trosnay, Loivre, Montmirail, Mont-sur-Courville, Péas, Romain, Saint-Loup, Soulanges, Ventelay.
  • Dans l’Aisne : Marchais-en-Brie.
  • Dans l’Aube : Arrelles, Balnot-la-Grange, Bossancourt, Bouilly, Etourvy, Fontvannes, Javernant, Laine-aux-Bois, Macey, Messon, Prugny, Saint-Germain-Lépine, Souligny, Torvilliers, Villery.
  • Dans la Haute-Marne : Champcourt et Harricourt.

Une révision parcellaire

Début 2011, le dernier comité national de l’INAO a approuvé le lancement de la révision parcellaire* sur les communes de l’aire délimitée et étendu les missions de la commission d’enquête chargée de la révision de l’aire géographique afin de définir les principes généraux de la délimitation parcellaire. La délimitation à l’échelle de la parcelle quant à elle porte sur les 360 communes de l’AOC. Un travail qui devrait aboutir lorsque les premiers droits de plantation seront accordés par l’INAO. Les premières bouteilles issues de ces parcelles seront donc mises sur le marché au plus tôt à partir de 2020.Actuellement il est impossible de donner une simulation de la nouvelle surface parcellaire délimitée tant que les experts n’ont pas effectué ce travail, mais il est peu probable d’arriver aux 75 000 ha qui existaient avant la crise du phylloxera au XIXe siècle compte tenu des exigences des critères techniques.

* La zone de production comporte plus de 300 communes situées dans la zone d’élaboration, dont des parcelles précises peuvent être plantées en vignes destinées à l’élaboration du champagne. On compte actuellement près de 300.000 parcelles classées en appellation Champagne qui représentent 35.500 ha. Elles sont maintenant presque totalement plantées.

VIII – Viticulture bio et développement durable en Champagne 

A peine 2 % du vignoble en viticulture biologique

Le mouvement fut engagé dans les années 70 par des pionniers comme Jacques Beaufort (Ambonnay), Jean Bliard (Hautvillers), Serge Faust (Vandières), Roger Fransoret (Mancy), Georges Laval (Cumières), Yves Ruffin (Avenay Val d’Or) et Pierre Thomas (Oger). En 2014, La viticulture biologique en Champagne* ne représentait que 438 ha (soit 1,4 % du vignoble) dont 132 ha en conversion (chiffres Agence Bio). Il s’agit de 106 domaines qui se répartissent dans l’Aube, la Marne et l’Aisne. Les délais de conversion, de vinification et de champagnisation sont au minimum de 6 ans. Pourquoi si peu ? L’explication est donnée par Thibaut Le Mailloux directeur de la communication du Comité Champagne (CIVC) : Le climat froid et humide de la Champagne rend la vigne particulièrement sensible aux attaques des parasites et des ravageurs ce qui ne facilite pas la conversion au bio. Bon nombre de vignerons qui travaillent en bio ou en biodynamie n’en font pas état pour ne pas se priver de la possibilité de traiter en cas de besoin. Autre point, les champagnes certifiés en bio sont en moyenne 20 % plus chers que les vins conventionnels.

* Vincent Laval, viticulteur à Cumières (Marne) est le nouveau président de l’Association interprofessionnelle des vins de l’agriculture biologique de Champagne (AIVABC).

Vignoble de la maison Bliard à Hautvillers, en culture biologique (Photo FC)

Vignoble de la maison Bliard à Hautvillers, en culture biologique (Photo FC)

Du bio à la biodynamie

Quelques rares maisons et négociants de Champagne sont passées du bio à la biodynamie comme les Maisons de Champagne :

  • Augustin à Avenay
  • De Sousa : 11 ha à Avize
  • Benoît Marguet à Ambonnay
  • Rodez à Ambonnay
  • Sapience à Ambonnay
  • Franck Pascal à Baslieux-sous-Chatillon
  • Couche à Bouxeuil, Côte des Bar
  • Fleury à Courteron, Côte des Bar
  • Alain Reaut à Courteron
  • Francis Boulard & Fille à Cauroy-lès-Hermonville
  • Françoise Bedel & Fils à Crouttes-sur-Marne
  • Leclerc Briant: 10 ha à Cumières
  • Tarlant à Oeuilly
  • Ruppert-Leroy : 4 ha, à Essoyes, Côte des Bar
  • Louis Roederer (en partie), Reims
  • David Léclapart : 3 ha, commune de Trépail
  • Larmandier-Bernier à Vertus
  • Mouzon-Leroux à Verzy…

    Champagne Leclerc-Briant

    Leclerc-Briant, cette petite Maison de Champagne à Cumières (10 ha en propre) a entrepris depuis les années 1950 une démarche bio et travaille aujourd’hui ses vignes en biodynamie. Elle a été reprise en 2012 par Mark Nunnelly et Denise Dupré, une famille franco-américaine qui a confié la direction générale de la Maison au champenois (ex LVMH), Pascal Zeimett. Leclerc-Briant, star des champagnes bio propose aujourd’hui des Cuvées parcellaires, millésimées, en solera (empilement d’années), etc.

Viticulture durable en Champagne

Si le bio n’est pas encore au rendez-vous, le développement durable l’est avec moins de 50 % d’intrants en 15 ans. Il s’agit de tous ces produits servant à augmenter les rendements comme les fertilisants ou les produits phytosanitaires de type fongicides, herbicides, insecticides, etc. Et sur les 50 % restants, près de la moitié sont autorisés en agriculture biologique. De plus, la quasi-totalité des sous-produits et déchets sont maintenant valorisés. A ce jour, 30 % des surfaces de vignes sont certifiées (une certification qui date de 2014) Viticulture Durable en Champagne pour atteindre 50 % fin 2016 et à terme, 80 % des surfaces seront certifiées.

Suppression des traitements d’insecticides

La Champagne est la première région française pour le développement de la technique biologique de confusion sexuelle. Elle permet la quasi suppression des traitements insecticides classiques sur 15 000 ha soit près de la moitié des surfaces de l’appellation. On assiste également à un triplement en 10 ans de l’enherbement du vignoble (les contours des parcelles sont désormais enherbés naturellement à plus de 95 %).

Une bouteille plus légère

Autre effort apporté par la filière n’est autre que la réduction de 7 % du poids de la bouteille de Champagne (de 900 g à 835 g). La Champagne a ainsi réduit en 10 ans ses émissions de gaz carbonique de 15 % par bouteille expédiée. Elle fait partie des rares filières économiques à avoir réduit ses émissions en valeur absolue. Aujourd’hui, 100 % des exploitants du vignoble champenois sont intégrés dans cette démarche.

IX – Une échelle des prix propre au Champagne

Comme on l’a vu, il existe 3 dénominations de crus en Champagne :

  • les Grands Crus,
  • les Premiers Crus
  • les Champagne sans cru.

Le rendement 2015

Le rendement s’exprime ici en kilo de raisin et non en hectolitre. Chaque année le rendement maximum à l’hectare, tirable, est fixé avant la vendange, en prenant en compte la quantité ainsi que la qualité des raisins et également le contexte économique. Les rendements 2015 comme l’an passé ont été plafonné à 10 500 kilos de raisin par hectare (dont 500 kg/ha sortis de la réserve).

  • 12 000 kg/ha en 2004
  • 11 500 kg/ha en 2005
  • 13 000 kg/ha en 2006
  • 12 400 kg/ha en 2007
  • 13 600 kg/ha en 2008
  • 9 700 kg/ha en 2009
  • 10 500 kg/ha en 2010
  • 12 500 kg/ha en 2011
  • 11 000 kg/ha en 2012
  • 10 500 kg/ha en 2013
  • 10 500 kg/ha en 2014
  • 10 500 kg/ha en 2015
  • 9 700 kg en 2016 (la réserve débloquable à partir du 1er février est fixée à 1100 kg/ha). En tout 10 800 kg/ha pourront être commercialisables pour l’année 2016.

Combien le kilo ?

Les négociants achètent le raisin en fonction d’un prix de référence fixé par le CIVC (Comité Interprofessionnel des Vins de Champagne). En 1920, chaque commune de Champagne a été répertoriée en fonction de la qualité des vins qu’elle produisait. Aujourd’hui, 316 communes sont consacrées en AOC Champagne dont 17 en AOC Champagne Grand Cru, et 44 en AOC Champagne Premier Cru. Les meilleures communes se voient attribuer le coefficient 100 %. Ce sont les communes des Grands Crus, et elles sont toutes situées sur le département de la Marne. On passe de 90 % à 99 % pour les Premiers Crus et de 80 % à 89 % pour les Champagne sans cru. Inutile de dire que la cueillette est toujours manuelle.

Vendanges chez Leroy-Duval, le chardonnay en cagettes

Vendanges chez Duval Leroy, le chardonnay en cagettes

1,2 kg de raisin en moyenne pour une bouteille (75 cl)

Champagne

Il faut en moyenne 1,2 kg de raisin par bouteille de Champagne

Le rendement a été fixé en 2015 comme on l’a vu à 10 500 kg par hectare sachant qu’il faut 1,2 kg de raisin pour une bouteille de 75 cl. A chaque vendange, un prix de référence par kg de raisin est décidé pour l’ensemble de la Champagne. A titre d’exemple, lors de la vendange 2014, le prix du raisin a été négocié au prix de 5,50 à 6,20 € le kilo ce qui en fait le kilo de raisin le plus cher du monde. A comparer au 0,50 € à 1 € pour le kilo du Prosecco (cépage appelé aujourd’hui glera) issu de Vénétie, Frioul-Vénétie-Julienne et qui donne le plus réputé des effervescents italiens. Question triviale ! Comment peut-on voir des Champagne bradés à 10 € voire plus bas dans la grande distribution lorsque que le kg de raisin est déjà autour de 6 € et qu’il faut au minimum 1,2 kg de raisin pour élaborer une bouteille de Champagne (0,75 cl) ? A titre d’indication, le prix moyen d’une bouteille de Champagne était de 15 € en 2015

Le Prosecco, un sérieux rival pour le Champagne

Le Prosecco est devenu un sérieux concurrent du Champagne entrée de gamme. Il peut se présenter en Brut, Extra Dry et Dry mais également en versions Spumante et Frizzante. Spumante, quand la fermentation s’effectue en autoclaves, en cuves (méthode Charmat), contrairement à la méthode champenoise où la fermentation s’effectue dans la bouteille. Frizzante, la fermentation peut s’effectuer de manière naturelle en cuve ou par injection d’anhydride carbonique (dioxyde de carbone ou CO2).

Plus de 300 millions de bouteilles en DOC Prosecco ont été produites en 2015 dont 70 % vendues à l’étranger et notamment aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne : Pour boire du champagne, il faut être en smoking, le Prosecco est plus décontracté. Aux champenois de démontrer que le Champagne se boit aussi en décontracté !

X – Une brève histoire du Champagne

La culture de la vigne remonte en Champagne à l’époque gallo-romaine. Jusqu’au XVIIe siècle, on appréciait ces vins gris faiblement colorés mais qui vieillissaient mal en fûts. Pour en conserver les arômes, ils étaient mis en bouteilles très tôt. Il en résulta que ces vins ayant peu d’alcool et dont le tirage était fait à l’équinoxe de printemps devinrent naturellement pétillants. Les vignerons les appelaient Vin du diable ou saute-bouchon à cause des bouteilles qui explosaient ou des bouchons qui sautaient.

L’apport de Dom Pérignon

Village d'Hautvillers

Village d’Hautvillers, vers l’abbatiale où repose Dom Pérignon (Photo FC)

Impossible d’évoquer le Champagne sans citer dom Pérignon (1639-1715), moine cellérier de l’abbaye d’Hautvillers qui, l’un des premiers, décida de tirer parti de la refermentation printanière spontanée jusqu’alors considérée comme une calamité. Il préconisa tout à la fois :

  • L’assemblage de raisins provenant de terroirs différents pour marier leurs qualités
  • Le pressurage rapide et fractionné des raisins noirs majoritaires en Champagne pour en extraire un jus blanc
  • L’utilisation des premières bouteilles en verre épais et résistant
  • Le remplacement des anciens bouchons de bois et d’étoupe par un bouchon de liège maintenu par une ficelle, afin de contenir la mousse
  • Le creusement de caves en pleine craie pour assurer le vieillissement des vins à température constante.

Le champagne lui doit ainsi l’une de ses règles d’or : les assemblages de raisins. Il pratiqua avec talent les soutirages et les collages, réussissant à stabiliser les vins et à garder leur mousse. Ensuite, tout s’accélère avec la fondation des grandes maisons :

  • 1729  Ruinart,
  • 1743  Moët,
  • 1772  Clicquot,
  • 1776  Roederer,
  • 1785  Heidsieck.

Puis au XIXe siècle :

  • Henriot,
  • Perrier-Jouët,
  • Laurent-Perrier,
  • Bollinger,
  • Deutz,
  • Pommery,
  • Krug, etc.

Les grandes étapes vers le Champagne “moderne”

Madame Clicquot

Madame Clicquot qui marqua au XIXe siècle l’histoire du Champagne

1804 : premier Champagne Rosé lancé par Mme Clicquot

1830 : premières étiquettes collées sur les bouteilles

1860 : premier Brut promu par Mme Pommery. Mais il faut attendre…

1870 : année de défaite, pour voir apparaître les premiers Champagne Millésimés.

 XI – Comment élabore-t-on le Champagne ou la fameuse méthode champenoise ?

Il s’agit ici de détailler ce qui est appelé la méthode champenoise, une méthode complexe qui nécessite un savoir-faire, des outils précis et un investissement considérable en hommes, en talents et en argent.

Procédons donc par étapes chronologiques :

1 – Les vendanges : elles sont exclusivement manuelles pour recueillir des grappes intactes. Elles durent entre 2 et 3 semaines, de septembre à octobre. Les maisons réputées pratiquent toutes l’épluchage, c’est-à-dire qu’elles sélectionnent les raisins verts et écarte systématiquement les raisins pourris. Vient ensuite le débourbage qui a pour but de laisser décanter les bourbes constituées de terre, de débris de feuilles et d’impuretés pour ne laisser qu’un moût le plus limpide possible

Vendanges chez Roederer

Le temps des vendanges chez Louis Roederer, Montagne de Reims

2 – Le pressurage

Il est strictement réglementé par l’appellation. Le pressurage est effectué très rapidement après la cueillette des raisins, afin qu’ils ne s’altèrent pas et pour éviter que la peau du raisin ne teinte le jus. Cette opération s’effectue généralement à l’aide de pressoirs verticaux, mais aussi de plus en plus avec des pressoirs horizontaux à cages ou à membranes. Le pressurage assure donc une extraction lente du jus de la pulpe afin de préserver la finesse des arômes. Les maisons pressent les raisins séparément cru par cru. Le rendement est limité à 25,5 hl de moût pour 4 000 kg de raisin, dont 20,5 hl de cuvée, le meilleur jus, seul utilisé dans les cuvées de qualité puis est tiré 500 l qualifiés de tailles.

3 – La vinification

Champagne, la fermentation en cuves thermo-régulées

Champagne, chaque parcelle est vinifiée séparement dans des cuves thermo-régulées (ici chez Krug)

Tout d’abord la première fermentation alcoolique se fait à basse température en octobre dans des cuves inox thermo-régulées (plus rarement en fûts comme par exemple chez Krug et Bollinger), par cépages, crus et cuvées. Cette fermentation va transformer le moût en vin, un vin tranquille, fruité et sec, doté d’une légère acidité qui retiendra la mousse. Certains producteurs font alors faire à leurs vins une fermentation malolactique qui est la dégradation d’acides maliques en acide lactique. Cette opération donne au vin sa souplesse et sa rondeur. Quelques maisons y renoncent pourtant pour conserver à leurs vins plus de tonicité et de fraîcheur.

4 – L’assemblage

Vins clairs avant assemblage

Champagne sur mesure : vin clair récolte 2014, de droite à gauche verre de chardonnay Vertus Premier Cru, verre de chardonnay Mesnil-sur-Oger Grand Cru et verre de pinot noir Ambonnay Grand Cru
Paris juin 2015, Caves du Louvre (Photo FC)

C’est l’étape fondatrice de chaque cuvée. Le chef de Maison et son oenologue marient les vins tranquilles de différents crus et années pour perpétuer le style et la qualité constante de la maison. On peut ainsi à partir de 150 crus déguster et analyser jusqu’à 500 cuves pour réussir un assemblage et recréer ce fameux goût maison propre à chaque Champagne. Ainsi, plusieurs types d’assemblages sont possibles, l’assemblage horizontal qui utilise des vins du même millésime, mais de crus ou de cépages différents ; l’assemblage vertical qui s’élabore à partir de vins de l’année, associés à des vins de réserve et enfin, un mixe de ces deux assemblages.

Champagne l'assemblage

Dans l’élaboration d’un Champagne, Etape particulièrement délicate, l’assemblage. Ici, Thierry Gasco, Chef de caves de la maison Pommery

5 – Le tirage ou mise en bouteilles :

Sucre et levures sont ensuite ajoutés à l’assemblage préparé selon les proportions choisies. En règle général, pour la liqueur de fermentation, c’est un kg de sucre de canne ou de betterave par litre de vin vieux. Il suffit de 4 grammes de sucre par litre pour obtenir une pression de 1 kg par cm2, soit une atmosphère dans la bouteille. La réglementation champenoise exige au minimum 5 bars à la commercialisation. Les bouteilles sont ensuite stockées dans des caves fraîches, à température et hygrométrie contrôlées.

6 – La prise de mousse : en 4 à 6 semaines, sous l’action des levures et à basse température dans les caves (9 à 11°), la deuxième fermentation en bouteille rend le vin effervescent.

7 – La maturation sur lies : le vieillissement permet aux cuvées de développer leurs arômes spécifiques. Il est obligatoirement de 15 mois minimum après tirage et 3 ans pour les Champagne millésimés. Ce sont évidemment des minima. Ces durées sont largement dépassées pour les cuvées de qualité. On dit alors des bouteilles qu’elles sont rangées sur lattes.

8 – Le remuage :

Champagne bouteilles sur pupitre

Champagne, bouteilles sur pupitre chez J.de Telmont à Damery (Photo FC)

un geste ancestral qui permet de faire descendre progressivement le dépôt de levures dans le col pour pouvoir l’expulser, après congélation du col, lors du dégorgement.

Longtemps exclusivement manuel, il est aujourd’hui principalement assuré par des automates (gyropalettes).

9 – Le dosage : il permet, par l’adjonction au vin d’une petite quantité de liqueur de dosage, de restituer à la cuvée un niveau de sucre habituel dans les vins. C’est par le niveau de dosage que se différencient Brut, Extra Brut, Sec, Demi-Sec (voir plus haut).
La bouteille sera ensuite fermée hermétiquement par un bouchon de liège, coiffée d’une plaque de muselet (au couleurs de la maison) et l’ensemble retenu par un muselet en fer.

10 – L’habillage

Habillage d'une bouteille de Champagne

Pour habiller une bouteille de Champagne, il faut apposer l’étiquette et la capsule (muselet). Ici chez Nicolas Feuillatte

Il se fait par la pose d’une étiquette et d’un col porteurs d’image. L’habillage doit se conformer aux nombreuses règles de l’AOC et souvent aussi aux obligations propres des pays importateurs. Ainsi, l’étiquette comporte un certain nombre d’informations qui donnent au consommateur des éléments sur le type de Champagne et la façon dont il a été fabriqué.

Champagne Moët & Chandon

Champagne Moët & Chandon, première marque de Champagne, 32 millions de bouteilles produites par an (Photo FC)

Quelques spécificités au Champagne

La Champagne évalue traditionnellement la récolte en tonnes de raisins, en pièces de jus non fermenté et en cols de bouteille, en distinguant les bouteilles vendues annuellement et les stocks, alors que partout ailleurs la tendance est à compter en hectolitres. La production annuelle est ainsi estimée à 320 millions de bouteilles, avec des stocks de 1,2 milliard de bouteilles. Avec l’augmentation du rendement, aujourd’hui à 10500 kg/ha, les perspectives de production annuelle peuvent monter à près de 400 millions de cols.

XII – Grandes marques et grandes maisons

Il faut savoir que ces maisons de champagne, même celles qui possèdent et exploitent des vignes, sont des entreprises dont l’activité principale est d’élaborer et de commercialiser du champagne. Elles choisissent leurs raisins parmi les divers crus de l’appellation pour ensuite les vinifier séparément puis les assembler selon des règles et des traditions propres à chaque maison. La Champagne compte une centaine de grandes maisons. Certaines ont plusieurs siècles d’existence, comme la maison Louis Roederer qui remonte au XVIIIe siècle. Elle est d’ailleurs encore dirigée par un descendant de la famille. Certaines sont propriétaires de vignobles ; d’autres s’approvisionnent chez les viticulteurs. Certaines ne commercialisent que les champagnes de leur marque ; d’autres élaborent des cuvées pour le compte de clients extérieurs à la Champagne, etc.

Moët & Chandon à Epernay

La maison Moët & Chandon, à l’entrée de la célèbre avenue de Champagne à Epernay (Photo FC)

Top 5 des grands groupes en 2013 (cotés en bourse)

  1. Moët & Chandon/Mercier/Ruinart/Veuve Clicquot/Krug (groupe Moët Hennessy LVMH)
  2. Lanson-BCC : Lanson/Burtin Besserat de Bellefon/ Boizel/Chanoine/Philipponnat/de Venoge/Alexandre Bonnet
  3. Vranken/Pommery/Heidsieck & Monopole/Charles Lafitte
  4. Laurent-Perrier/de Castellane/Salon-Delamotte/Lemoine
  5. Mumm, Perrier-Jouët (groupe Pernod Ricard)

Les autres groupes

Ces groupes se caractérisent par un chiffre d’affaires qui se situe entre 10 et 100 millions d’€

  • Roederer Louis et Théophile + Deutz,
  • Taittinger + Irroy
  • Martel + De Cazanove + Mansard Baillet,
  • Thienot + Canard-Duchêne + Joseph Perrier + Marie Stuart,
  • Piper Heidsieck + Charles Heidsieck (E.P.I.),
  • Bollinger + Ayala,
  • N. Gueusquin,
  • Duval Leroy,
  • Billecart-Salmon,
  • Pol Roger,
  • Henriot,
  • Gosset,
  • Lombard & Médot,
  • Cattier,
  • C. Mignon-L. Launois,
  • Malard,
  • Gardet.

    Maison de Champagne Pol Roge

    Maison de Champagne Pol Roger, avenue de Champagne à Epernay (photo FC)

Autres grandes maisons (par ordre alphabétique)

  • Abelé
  • Brice
  • E. Brun
  • Baron-Fuenté
  • Bruno Paillard
  • Chaudron
  • Cheurlin-Arnoult
  • Comte de Dampierre
  • Cuperly
  • Deregard Massing
  • De Telmont
  • A. Desmoulins
  • H. Giraud
  • A. Gratien
  • Jacquesson
  • Jacquinot
  • R.J. Lallier
  • Lenoble
  • P. Mignon
  • Moutard Diligent
  • E. Ralle
  • L. de Sacy
  • C. Senez
  • A. Soutiran

XIII – Les Vignerons indépendants

Vignerons indépendants, ils le sont à tous les points de vue ! Pour rejoindre la Fédération Champenoise, ils doivent apporter la preuve que leurs champagnes proviennent de leurs propres vignes et de leurs récoltes. Ainsi ce sont eux qui assurent la taille, le liage, l’ébourgeonnage, l’entretien des sols, le relevage des fils, le rognage, la vendange puis de la vinification, de la création des assemblages, de la mise en bouteilles et du dégorgement. Ils gèrent en parallèle la commercialisation de leurs champagnes.

13 millions de bouteilles vendues

336 Vignerons Indépendants sont adhérents à la Fédération Régionale des Vignerons Indépendants de Champagne, venant de 126 communes. A eux tous, ils représentent près de 2 400 hectares soit environ 7 % du vignoble champenois. Mais avec leurs 13 millions de bouteilles vendues, ils représentent 20 % des ventes de l’ensemble des vignerons champenois (4500 vignerons). Et plus de 15 % de leurs bouteilles sont exportées.

Près de 10 % des vignerons ont la certification Haute Valeur Environnementale

La Fédération a plus que triplé le nombre de ses adhérents en 15 ans! (Elle est passée de 106 adhérents en 2000 à 336 aujourd’hui). En dehors des différents événements organisés (Concours des Vins, Salons, Pique-nique chez le Vigneron indépendant…), la Fédération de Champagne est aussi très engagée dans la viticulture durable telle que la certification Haute Valeur Environnementale. En 2015, 30 Vignerons Indépendants sont certifiés HVE Niveau 3 sur 50 exploitations certifiées au total en Champagne.

Maisons de Champagne représentant les Vignerons Indépendants

(Liste non exhaustive)

  • Champagne Bonnevie-Bocart à Billy Le Grand
  • Champagne Louis Brochet à Ecueil
  • Champagne Etienne Calsac à Avize
  • Champagne Colin à Vertus
  • Champagne Yves Couvreur à Rilly-la-Montagne
  • Champagne A & J Demière à Fleury-la-Rivière
  • Champagne Daniel Etienne à Cumières
  • Champagne Fredestel à Trépail
  • Champagne Gaidoz Forget à Ludes
  • Champagne Goutorbe-Bouillot à Damery
  • Champagne Guy Larmandier à Vertus
  • Champagne Xavier Leconte à Troissy
  • Champagne Michel Loriot à Festigny
  • Champagne Philippe Martin à Cumières
  • Champagne Thierry Massin à Ville-sur-Arce
  • Champagne Monmarthe à Ludes
  • Champagne Plot Sevillano à Vincelles
  • Champagne Robert à Fossoy
  • Champagne Trudon à Festigny

    Yves Couvreur (Champagne Yves Couvreur)

    Yves Couvreur (Champagne Yves Couvreur*) dans ses vignes : 6,69 ha répartis sur 35 parcelles entre les villages de Rilly-la-Montagne, Montbré et Taissy. Sa Maison est à Rilly-la-Montagne, au flanc de la montagne de Reims.
    *Certifié HVE (exploitation de Haute Valeur Environnementale).

XIV – Les coopératives 50 % des surfaces

Les chiffres sont parlants. La coopération vinicole champenoise  regroupée au sein de la Fédération des Coopératives Vinicoles de la Champagne (FCVC) rassemble 138 coopératives et unions répartis sur l’ensemble de la Champagne. Celles-ci regroupent 14 174 viticulteurs adhérents (70 % des déclarants de récolte de l’appellation) travaillant 13 244 ha soit 50 % de l’ensemble de l’AOC Champagne. Elles fédèrent 125 centres de pressurage et possèdent une capacité de stockage de 295 millions de bouteilles. En termes de vente, à elles seules, 40 coopératives vendent 30 millions de bouteilles sachant que 25 millions de bouteilles sont vendues par 2700 coopérateurs sous leurs propres marques.

Ainsi une marque de champagne comme Nicolas Feuillatte qui est la  propriété de la coopérative de Chouilly, est devenue en 25 ans le troisième champagne le plus vendu dans le monde !

Comment s’y reconnaître ?

Il suffit de regarder l’étiquette. Si la mention CM pour Coopérative de manipulation apparaît, il s’agit d’une cave à laquelle les adhérents apportent leurs raisins. La coopérative se charge de les presser, de les vinifier puis d’élaborer les assemblages ; des bouteilles qui seront vendues ensuite pour la plupart sous le nom de la coopérative ou celui d’une marque qu’elle a créée. Si le coopérateur reprend ses vins* pour les commercialiser lui-même sous son nom ou sa marque, ses champagnes prendront les initiales RC pour Récoltant-coopérateur.

*Le coopérateur après avoir confié ses raisins à la coopérative, va récupérer son vin après la seconde fermentation en bouteille. A charge pour lui ensuite d’assurer la commercialisation.

Maison de Champagne Collet

Champagne Collet, le Champagne de La Cogevi (Coopérative Générale des Vignerons de la Champagne Délimitée), la plus ancienne coopérative de Champagne (fondée en 1921).

Les coopératives et leurs marques de Champagne

(liste non exhaustive)

  • Champagne Jacquart, Champagne Montaudon… : Alliance Champagne. En 2010, Champagne Jacquart, filiale du groupe Alliance Champagne, a racheté le Champagne Montaudon au groupe Moët Hennesy Champagne qui l’avait acquis en décembre 2008.
  • Champagne Nicolas Feuillatte : Centre Vinicole-Champagne Nicolas Feuillatte
  • Champagne Pannier : Coopérative Pannier-Covama à Château-Thierry. La Covama fait partie du groupe Alliance Champagne.
  • Champagne de Saint Gall : Union Champagne à Avize
  • Champagne Beaumont-des-Crayères : Coopérative Beaumont des Crayères à Mardeuil
  • Champagne Veuve A. Devaux : Union Auboise à Bar-sur-Seine
  • Champagne Collet : Cogevi à Aÿ
  • Champagne de Castelnau : Cave Coopérative régionale des vins de Champagne (CRVC) à Reims
  • Champagne Mailly Grand Cru : Coopérative Mailly à Mailly Champagne
  • Champagne H.Blin : Coopérative Vinicole de Vincelles
  • Champagne Clérambault : Coopérative Vinicole de Neuville et Buxeuil
  • Champagne Palmer & Co : Société des grands crus de la Champagne à Reims
  • Champagne Esterlin : Coopérative de Mancy
  • Champagne Le Brun de Neuville : Cave coopérative des Champagne Le Brun de Neuville au sud d’Epernay
  • Champagne Argentaine : Cave coopérative viticole L’Union de Vandières
  • Champagne Chassenay d’Arce : Cave coopérative à Ville sur Arce, Côte des Bar
  • Champagne Charle Heston : Cave Les Six Coteaux à Villers Franqueux
  • Champagne Paul Goerg : Maison Paul Goerg à Vertus
  • Champagne Vincent d’Astrée : Les Celliers de Pierry à Pierry
  • Champagne Le Royal Coteaux : Cave coopérative du Royal Coteaux à Grauves
  • Champagne Marquis de Pomereuil : Cave coopérative des Riceys
  • Champagne Dom Caudron : Cave coopérative de Dom Caudron à Passy-Grigny

XV – Les chiffres clés du Champagne

Au total 15 628 exploitants * (dont 293 négociants) assurent la mise en valeur du vignoble en production, soit 33 500 ha, morcelé en plus de 280 000 parcelles dont la superficie moyenne est de 12 ares. Les Maisons possèdent seulement 10 % des surfaces en production alors qu’elles réalisent environ 68,6 % des expéditions totales (86 % pour les marchés export) : d’où l’importance de relations étroites et équilibrées entre Vignerons et Maisons pour assurer un approvisionnement suffisant permettant le développement de nouveaux marchés dans un contexte de forte demande.

*Un chiffre significatif puisque ces quelques 15 000 vignerons champenois détiennent 90 % du foncier.

A combien l’hectare en Champagne ?

Combien l’hectare se négocie par exemple dans la Côte des Blancs ? On compte aujourd’hui entre 1,5 et 2 millions d’€/ha avec des prix qui continuent à flamber. Mais les records ne sont pas en Champagne. Il faut aller les chercher en Bourgogne avec une vente dans un grand cru qui a atteint la somme stratosphérique de 10 millions d’€ l’hectare (le Clos des Lambrays à Morey-Saint-Denis, 8,66 ha d’un seul tenant, Premier Grand Cru de la Côte de Nuits aurait été acheté pour 100 millions d’€ par LVMH en 2014). Une certitude, la vigne reste encore la propriété des champenois ! Enfin, on estime la valeur de l’appellation Champagne à environ 70 milliards d’€ (supérieure à celle de tous les autres vins en France et dans le monde).

 

Château de Pékin : Champagne Comtesse Lafond

Château de Pékin : Champagne Comtesse Lafond à Epernay, en haut de l’avenue de Champagne à Epernay (Photo FC)

XVI – Le top 15 des plus grandes fortunes du Champagne

(selon le magazine Challenge)

Bernard Arnault PDG de LVMH

Bernard Arnault PDG de LVMH, à la tête de prestigieuses maisons de Champagne

  1. Bernard Arnault (Moët & Chandon, Ruinart, Krug, Veuve Clicquot, Mercier, Dom Pérignon)
  2. Alexandre Ricard & famille (Mumm, Perrier-Jouët)
  3. Familles Hennessy (idem à Bernard Arnault)
  4. Christophe Descours & famille (Piper Heidsieck et Charles Heidsieck)
  5. Frédéric Rouzaud &  famille (Louis Roederer, Deutz)
  6. Jean-Jacques Frey & famille (Billecart Salmon)
  7. Alain Thiénot (Thiénot, Joseph Perrier, Canard-Duchène, Marie Stuart)
  8. Famille Bollinger (Bollinger, Ayala)
  9. Carol Duval-Leroy & famille (Duval-Leroy)
  10. Joseph Henriot & famille (Henriot)
  11. Alexandra Nonancourt & sa famille (Laurent-Perrier)
  12. Paul-François Vranken &  famille (Vranken, Pommery, Charles lafitte,  Heidsieck & Co Monopole)
  13. Bruno Paillard (Lanson, Chanoine Frères, Boizel, Besserat de Bellefon, De Venoge, Philipponnat, Alexandre Bonnet, Paillard)
  14. Pierre-Emmanuel Taittinger & famille (Taittinger)
  15. Famille Pol-Roger et Billy (Pol-Roger)

XVII – Les routes du Champagne

Quatre routes entièrement balisées font découvrir la Champagne et son terroir, des routes qui serpentent au milieu des vignes, sur des coteaux découpés où s’accrochent villages, châteaux et églises avec haltes chez les vignerons.

  1. Côte des Blancs, berceau du chardonnay au départ d’Épernay ;
  2. Vallée de la Marne, au départ d’Épernay ;
  3. Montagne de Reims, au départ de Reims ou d’Épernay ;
  4. Massif de Saint-Thierry, au départ de Reims.

XVIII – Tableau des Grands et des très Grands Millésimes de Champagne

Voici la liste des grands et des très grands millésimes de Champagne de 2009 à 1937

(*Millésimes du siècle)

  • 2009, 2008*, 2007, 2002*
  • 1998, 1996, 1990*
  • 1989, 1988*, 1985, 1983, 1982, 1981
  • 1979*, 1978*, 1976, 1975, 1973, 1971, 1970
  • 1969, 1964, 1962
  • 1959, 1955, 1953
  • 1947, 1945*, 1943
  • 1937

(Voir le tableau complet des millésimes de Champagne de 1926 à 2012)

Dégustation du millésime 1982 Champagne Cattier

Dégustation du millésime 1982 dans les caves de la maison Cattier à Chigny-Les-Roses (Montagne de Reims) Photo FC

Actualité 2015 : la Champagne inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco

La candidature de la Champagne (Coteaux, Maisons et Caves de Champagne) pour son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco a enfin abouti conjointement à celle de la Bourgogne et de ses climats*. Le dossier avait été circonscrit aux coteaux historiques de la Montagne de Reims, d’Aÿ à Hautvillers, à la Colline Saint-Nicaise de Reims et à l’avenue de Champagne d’Epernay.

*Les « climats » du vignoble de Bourgogne sont selon l’Unesco des parcelles de vignes précisément délimitées sur les pentes de la côte de Nuits et de Beaune, au sud de Dijon. Il s’agit en fait de 1 247 climats situés entre les villes de Dijon et de Beaune sur une bande de 60 km et réparties entre la Côte de Beaune et la Côte de Nuits en Côte- d’Or.

Après 8 ans d’attente

Il fallut 8 ans d’attente, la demande avait été déposée en 2007 dans la catégorie paysage culturel. Elle concernait les coteaux, maisons et caves de champagne. Le 4 juillet 2015 étaient inscrits officiellement sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Unesco dans la catégorie Paysage culturel, 3 sites de la Champagne : l’avenue de Champagne à Epernay, la colline Saint-Nicaise à Reims dont le sous-sol recèle d’immenses crayères (extraction de la craie) utilisées de l’époque gallo-romaine à l’époque médiévale utilisées comme espace de vinification et de stockage et les coteaux historiques autour d’Epernay dont le village d’Hautvillers, trois ensembles qui reflètent d’après l’Unesco la totalité du processus de production de champagne. La plupart des grandes maisons sont concernées (Ruinart, Pommery, Veuve-Clicquot, Charles Heidsieck, Taittinger…). Cette reconnaissance universelle sous le label Unesco devrait selon les estimations engendrer un surplus de touristes de l’ordre de 20 %.

En 2015, déjà 7 sites* viticoles inscrits au patrimoine mondial

Avant la Champagne et la Bourgogne, 5 sites viticoles étaient déjà inscrits au Patrimoine mondial : l’ancienne juridiction de Saint-Emilion, la Vallée du Haut-Douro au Portugal, la Côte de Tokaj en Hongrie, Lavaux en Suisse et l’île de Pico dans les Açores.

* Il existe dans le monde 1031 sites répertoriés au patrimoine mondial par l’Unesco. La France en compte 41. Elle se situe derrière l’Espagne (44), la Chine (48) et l’Italie (51).

Champagne !

Où que l’on soit dans le monde, Champagne est synonyme de célébrations, de retrouvailles, de victoires, de fêtes ! Alors avec de tels atouts, la Champagne ne peut-être que confiante.“Je ne peux pas vivre sans champagne, en cas de victoire, je le mérite ; en cas de défaite, j’en ai besoin” disait Napoléon Bonaparte. Et cette inscription sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO n’est-elle pas une des plus belles victoires remportée par la Champagne ?

Epernay

Epernay, avenue de Champagne, l’Orangerie de Moët en habit de lumière (Photo FC)

 

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