Chine (le vignoble français, un investissement chinois) le monde du vin

Chine (le vignoble français, un investissement chinois) : pour la première fois en 2008 dans l’histoire de la viticulture française, un grand groupe chinois investissait dans le vignoble bordelais. Le conglomérat Longhai dont le siège social est à Quingdao, ville de sept millions d’habitants entre Pékin et Shanghai achetait château Latour-Laguens, une propriété de 60 ha située au sud de Bordeaux dans l’Entre-deux-Mers. Plus que le vin produit sur ce domaine, c’est l’image du château et son histoire vieille de 600 ans qui intéressait les investisseurs chinois. Faut-il ajouter que le nom de Latour (château Latour évidemment !) est très connu en Chine comme d’ailleurs celui de Bordeaux. Le site internet de Château Latour-Laguens est devenu tout naturellement trilingue : français, anglais et mandarin.

* la filiale d’importation de vins de Longhai basée à Quingdao a été rebaptisée. Elle s’appelle Latour-Laguens International Wine Co Ltd.

Bordeaux d’abord…

Depuis 2008, les choses se sont accélérées. Il y eut cette star du cinéma chinois (actrice, chanteuse, mannequin), Zhao Wei devenue propriétaire du château Monlot, 7 ha en appellation Saint-Emilion grand cru. L’actrice a d’ailleurs été intronisée à l’automne 2012 par les jurats de Saint-Emilion. Dernière acquisition et sans doute la plus prestigieuse, le château Bellefont-Belcier, un grand cru classé de Saint-Emilion (avec un vignoble de 13 ha) achetée en novembre 2012 par un certain M. Wang dont la fortune s’est faite dans le commerce de l’acier. En août de la même année, château Lucas (en appellation Castillon-Côtes-de-Bordeaux) était acquis par Wencheng Li, un architecte chinois pour environ 1,1 million d’€. Il est certain que d’autres vont suivre. Ainsi, sur les quelques 8000 propriétés que compte le bordelais, les investisseurs chinois ont déjà pris le contrôle d’une trentaine d’entre elles suite souvent à des successions problématiques. Et sur la centaine de châteaux à vendre aujourd’hui, une bonne dizaine risque de passer entre des mains chinoises.

Les Domaines Rolland sous pavillon chinois

La SCEA des Domaines Rolland qui appartenait à Michel Rolland (le célèbre oenologue conseil auprès de 300 domaines à travers le monde) et sa famille est passée en 2013 sous pavillon chinois. L’acquéreur est un groupe d’investisseurs de Hong-Kong, la société Goldin Group qui détient déjà en Californie le célèbre Sloan Estate à Rutherford dans Napa Valley.

  • le château Le Bon Pasteur à Pomerol (6,62 ha),
  • le château Rolland Maillet à Saint-Emilion (3,35 ha),
  • le château Bertineau Saint-Vincent à Lalande de Pomerol (5,5 ha).

( L’équipe technique sous la direction de Dany et Michel Rolland est maintenue).

Mais pas seulement les châteaux !

Château et Bordeaux, deux mots magiques pour les Chinois mais pas seulement ! Un premier négociant de Bordeaux a été racheté en 2012 par des Chinois. Diva Bordeaux*, maison indépendante spécialiste des grands crus, a en effet cédé 70 % de son capital au géant chinois de l’agroalimentaire Bright Food. Concrètement, cette alliance va reposer sur l’entrée de Shanghai Sugar Cigarette and Wine (SSCW), une filiale de Bright Food, au capital du négociant bordelais.

Mais quoi de plus logique dans l’engouement chinois pour le Bordeaux quand on sait que d’après le Comité Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB), la Chine est un marché si porteur, qu’elle draine à elle seule (avec évidemment Hong Kong) la moitié de la valeur exportée en 2011 !  Elle est en effet devenue en quelques années, le premier importateur de Bordeaux, avec 70 millions de bouteilles par an, soit près de 10 % de la production.

* Diva réalise 92 % des 33 millions d’€ de son chiffre d’affaires à l’export, dont la moitié en Chine.

Et pas seulement Bordeaux

La nouvelle en l’été 2012 a fait l’effet d’une bombe : « un investisseur chinois a acquis en Bourgogne un château et son domaine viticole pour 8 millions d’euros » titrait un quotidien gratuit du matin. Château de Gevrey-Chambertin (château classé du XIIe siècle) et ses 2 ha de vignes (10 à 12 000 bouteilles par an) est donc passé sous pavillon chinois. Et qu’a pu faire cette association de viticulteurs bourguignons face à Louis Ng Chi Sing, un riche homme d’affaires chinois de Macao, si ce n’est une contre-offre presque ridicule (5 m d’€) ?

Dans les Côtes du Rhône également

Mais déjà la contagion chinoise gagne d’autres régions. Outre le Bordelais et la Bourgogne, ce sont aussi le Languedoc, la Loire et la Provence qui suscitent l’engouement des Chinois. Une société franco-chinoise Champ Dong Créations Industries, basée à Paris et à Shanghai s’est portée acquéreur du domaine Bouche à Camaret-sur-Aigues (Vaucluse), pour un montant non dévoilé. C’est une propriété de 24 ha de vignes qui produit chaque année de 120.000 à 150.000 bouteilles, dont 70 % à l’export, en appellation Châteauneuf-du-Pape, Côtes du Rhône-Villages-Plan-de-Dieu et Côtes du Rhône.

A charge de revanche !

Face à ce qui semble être une déferlante chinoise sur le vignoble français, il faut savoir relativiser. La Chine est d’abord devenue le sixième producteur mondial de vin. La France n’est qu’un pays comme un autre puisque les investissements chinois se portent également sur l’Australie, l’Argentine, le Chili, la Californie, la Nouvelle-Zélande ou l’Afrique du Sud. Et surtout, ne faudrait-il pas oublier que les français achètent aussi beaucoup de vignes en Chine et que les vins français progressent constamment sur le marché chinois. Donc, ne pas rire trop jaune, il y a de l’équilibre dans l’air !

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