Mouton Rothschild (château Mouton Rothschild) Premier Grand Cru Classé (1855) appellation Pauillac (Médoc, Bordeaux)

Mouton-Rothschild (château Mouton Rothschild) Premier Grand Cru Classé (1855) appellation Pauillac (Médoc, Bordeaux) vin rouge : Mouton-Rothschild au nord-ouest de Pauillac sur le lieu-dit Le Pouyalet ne pouvait être qu’au cœur de la plus prestigieuse des appellations du Médoc, Pauillac. Ses 84 ha (dont 6 ha plantés en cépages blancs) groupés autour du château* rassemblent, entre l’estuaire de la Gironde et la forêt des Landes, toutes les conditions d’un terroir exceptionnel : une croupe de près de 8 m de graves garonnaises denses et pauvres reposant sur un socle marno-calcaire où se mêlent des traces d’oxyde de fer.

Le règne du cabernet sauvignon

Un sol caillouteux apte à retenir la chaleur du soleil et une exposition idéale, voici deux qualités qui plaisent au cabernet sauvignon  qui domine l’encépagement  à hauteur de 83 %, complété par 14 % de merlot et 3 % de cabernet franc. Les vignes ici en culture raisonnée dépassent allégrement les 45 ans ; certaines même, exhibant des ceps de plus de cent ans sur la parcelle notamment du plateau des Carruades. Les vendanges sont faites à la main. Le raisin est ensuite délicatement acheminé dans des cagettes jusqu’au légendaire cuvier en chêne du château. Tant de précaution, tant de soin, tant de talent ne pouvait porter ce vin qu’au sommet de la hiérarchie mondiale.

Une injustice monstrueuse

Mouton-Rothschild partage tout naturellement avec ses deux grands voisins immédiats, château Lafite et château Latour, le titre très envié de Premier Cru. Un titre qui lui échappa pourtant lors du classement de 1855 ! Mais à force d’obstination et après 20 ans de bataille, le Baron Philippe de Rothschild fut le premier et sans doute le dernier à pouvoir faire modifier le célèbre classement par le Ministère de l’Agriculture de l’époque (Jacques Chirac). Mouton-Rothschild passait ainsi en 1973 de Deuxième Cru à Premier Cru réparant ce que le Baron Philippe qualifiait alors d’injustice monstrueuse. On modifia donc la devise du château qui de Premier ne puis, second ne daigne, Mouton suis, devint Premier je suis, second je fus, Mouton ne change.

*Une particularité cependant avec une parcelle qui par dérogation se situe sur la commune de Saint-Estèphe.

Le style Mouton

Ce vin (environ 500 000 bouteilles par an) aux tannins puissants et au bouquet légendaire de cèdre, de violette, d’amande et de cassis est l’expression même de l’élégance et de l’aristocratie. Il est à l’image du château, œuvre d’art aux lignes épurées dans son écrin de verdure, jardin à l’anglaise, arbres centenaires, allées calmes et magnifiquement entretenues, un coté presque zen, oui décidément il y a un style mouton. Et derrière Mouton perce une saga, la saga des Rothschild.

Sous l’égide du bélier

Qui entre ici, se place sous l’égide du bélier. C’est le symbole de Mouton-Rothschild qui trouve sa source dans une pièce d’orfèvrerie (conservée dans le musée du Vin dans l’Art du château), le petit bélier d’Augsbourg, hanap en vermeil du XVIe siècle. Rien à voir avec le Mouton du nom du domaine puisque plus prosaïquement, Mouton vient de mothon, qui signifie petite motte.

Mouton, une ferme insalubre sans château

Cette ferme avec ses vignes est la propriété au début du XVIIIe siècle des Marquis de Ségur, ceux qu’on appelait alors, les seigneurs du Médoc (Ils possédaient entre autres Lafite et Latour). En 1720, Mouton est cédé à Joseph de Brane qui transforme le domaine rebaptisé Brane-Mouton en un vignoble renommé. En 1853, Brane-Mouton, négligé par son propriétaire d’alors est revendu (aux enchères) pour l’équivalent aujourd’hui de 4 millions d’euros. Son nouvel acquéreur est le Baron Nathaniel de Rothschild (de la branche anglaise), un passionné de vin qui avait décidé quelques années plus tôt de s’installer à Paris. En quelques années, il redresse le domaine connu maintenant sous le nom de Mouton-Rothschild. Aurait-t-il été « déclassé » en Deuxième Cru et non en Premier Cru lors du célèbre classement de 1855, rang auquel il avait pourtant amplement droit ? La raison avancée serait que son propriétaire n’était alors pas encore français ?

Les 17 dates de la saga Mouton… Rothschild

1853 : achat du château Brane-Mouton par le Baron Nathaniel de Rothschild qui pour marquer l’empreinte de sa famille  l’appelle dorénavant Mouton-Rothschild. À partir de 1870, au décès de Nathaniel de Rothschild, James de Rothschild et ensuite Henri de Rothschild prennent la direction du domaine sans manifester beaucoup d’intérêt pour ce vin exceptionnel (alors Deuxième Cru du classement de 1855).

1922 : un tout jeune homme, il a 20 ans, Philippe de Rothschild prend la tête de la propriété. Ainsi commence 65 ans d’un règne marqué par l’audace et l’innovation. Il entreprend parallèlement sa grande bataille : rendre à Mouton-Rothschild son rang totalement justifié de Premier Cru.

1924 : il initie une véritable révolution : la mise en bouteille intégrale au Château, pratique inusitée jusque-là, qui responsabilise d’avantage le propriétaire. Il ira plus loin encore, jusqu’à mettre au point un accord de fixation des prix avec les autres producteurs de grands Bordeaux.

1926 : pour faire face à cette initiative de mise en bouteille au château, Philippe de Rothschild fait construire le célèbre Grand Chai de 100 m de long sans le moindre pilier, qui peut abriter jusqu’à 1 000 barriques.

1933 : Le Baron Philippe se porte acquéreur du vignoble voisin, château d’Armailhac, Cinquième Cru classé (69 ha) qui sera le deuxième vin de Mouton-Rothschild sous le nom de Mouton d’Armailhac. La Baronne Philippine, fille du Baron, redonnera son indépendance et son nom au château d’Armailhac en 1989. A ce cru, est associé une société de négoce qui prendra l’ampleur que l’on connaît aujourd’hui : Baron Philippe de Rothschild S.A. avec une pépite, un vin de marque connu dans le monde entier : Mouton Cadet.

1940-1944 : Philippe de Rothschild doit fuir la France. Le château est transformé en quartiers généraux pour les troupes allemandes. La production va continuer, sous la direction d’Hermann Goering.

1945 : Le Baron de retour dans son château a idée pour célébrer la libération de couronner l’étiquette de ce millésime par un dessin approprié : le V de la victoire, début de la passionnante collection d’œuvres originales créées chaque année par des peintres célèbres.

A chaque millésime, une étiquette originale créée par un artiste

D’abord, petit retour en arrière :

  • 1924 Jean Carlu, affichiste de renom réalise à l’occasion de la première mise en bouteille au Château, une étiquette spécifique. C’est d’ailleurs une œuvre de l’artiste qui décore depuis 1994, l’étiquette du Petit Mouton, le second vin de Mouton Rothschild.

L’artiste doit choisir l’un des quatre thèmes imposés : la vigne, le plaisir de boire, le bélier symbolique et la famille Rothschild. En échange de leur contribution, les artistes ne vont pas recevoir d’argent, mais un nombre de caisses de vin de deux millésimes, dont logiquement celui qu’ils ont illustré. Jusqu’en 1999, tous les peintres ou illustrateurs ont accepté les termes de cette collaboration.

  • 1945 Philippe Jullian. Pour ce millésime, l’un des plus grands du siècle, le Baron s’adressa à ce jeune peintre, qui imagina une guirlande de feuilles de vigne autour du V de la Victoire.
  • 1946 Jean Hugo
  • 1947 Jean Cocteau
  • 1948 Marie Laurencin
  • 1949 Dignimont
  • 1950 Arnulf
  • 1951 Marcel Vertès
  • 1952 Léonor Fini
  • 1953 : Année du Centenaire de l’acquisition du domaine.
  • 1954 Jean Carzou
  • 1955 Georges Braque
  • 1956 Pavel Tchelitchew
  • 1957 André Masson
  • 1958 Salvador Dali
  • 1959 Richard Lippold
  • 1960 Jacques Villon
  • 1961 Georges Mathieu
  • 1962 Matta
  • 1963 Bernard Dufour
  • 1964 Henry Moore
  • 1965 DorotheaTanning
  • 1966 Pierre Alechinsky
  • 1967 César
  • 1968 Bona
  • 1969 Juan Miró
  • 1970 Marc Chagall
  • 1971 Wassily Kandinsky
  • 1972 Serge Poliakoff
  • 1973 Pablo Picasso
  • 1974 Robert Motherwell
  • 1975 Andy Warhol
  • 1976 Pierre Soulages
  • 1977 : Hommage à la Reine Mère d’Angleterre
  • 1978 Jean-Paul Riopelle
  • 1979 Hisao Domoto
  • 1980 Hans Hartung
  • 1981 Arman
  • 1982 John Huston
  • 1983 Saul Steinberg
  • 1984 Agam
  • 1985 Paul Delvaux
  • 1986 Bernard Séjourné
  • 1987 Hans Erni
  • 1988 Keith Haring
  • 1989 Georg Baselitz
  • 1990 Francis Bacon
  • 1991 Setsuko
  • 1992 Per Kirkeby
  • 1993 Balthus.  Une œuvre, un scandale ! Elle représente une adolescente nue. Une série limitée, sans le dessin, est éditée pour les États-Unis.
  • 1994 Karel Apple
  • 1995 Antoni Tàpies
  • 1996 Gu Gan
  • 1997 Niki de Saint Phalle
  • 1998 Rufino Tamayo
  • 1999 Raymond Savignac
  • 2000 Pas d’étiquette pour la bouteille du millénaire, elle est sérigraphiée. Le motif représente le petit bélier d’Augsburg, emblème du château.
  • 2001 Robert Wilson
  • 2002 Ilya Kabakov
  • 2003 : Hommage à un cent cinquantenaire. Le Baron Nathaniel est représenté sur l’étiquette par un cliché d’époque. Le fond reproduit en partie l’acte d’achat du domaine. Ce document, précieusement conservé dans les archives de Mouton, signe le début d’une longue histoire entre les Rothschild et les grands vins de Bordeaux.
  • 2004 : 100e anniversaire de l’Entente Cordiale entre l’Angleterre et la France. La Baronne demande au Pince de Galles (Charles) d’illustrer ce millésime.
  • 2005 Giuseppe Penone
  • 2006 Lucian Freud
  • 2007 Le sculpteur français Bernar Venet
  • 2008 Le peintre chinois Xu Lei
  • 2009 (?)
  • 2010 (?)

En 1981, la Baronne Philippine de Rothschild réunissait toutes ces oeuvres dans une exposition itinérante Mouton Rothschild -L’Art et l’Etiquette, présentée dans de nombreux musées à travers le monde (Etats-Unis, Japon, Angleterre, Belgique, Allemagne…).

1962, André Malraux inaugure le Musée du Vin dans l’Art qui réunit trois millénaires d’objets précieux consacrés à la vigne et au vin avec notamment des œuvres de Pablo Picasso. Il attire chaque année plus de 30 000 visiteurs.

1970 Cette année est marquée par l’acquisition d’un domaine de 41 ha tout proche, château Clerc Milon, Cinquième Cru classé à Pauillac.

1973 Enfin, le Baron Philippe gagne la bataille de sa vie. Château Mouton-Rothschild peut entrer cette année là dans la liste très restreinte des Premiers Crus aux cotés de Lafite, Latour, Château Margaux et Château Haut Brion (Graves).

1976Trois ans après ce reclassement, coup dur pour Mouton-Rothschild qui lors d’une dégustation à l’aveugle (le très célèbre Jugement de Paris) voit son vin perdre face à un vin californien. Qu’avez-vous fait à mes vins ? Cela m’a pris quarante ans pour les faire classer en Premier cru ! aurait-il lancé à l’un des juges.

1980 Le baron ayant pris acte de ce jugement décide de réagir en créant une entreprise commune avec Robert Mondavi, ce sera Opus One fondé à Oakville en Californie, une winery et un domaine de 69 ha pour un vin franco-californien, sublime référence du savoir faire de ces deux hommes.

1988 Mort de Philippe de Rothschild à 85 ans. La relève est assurée. Sa fille unique, plus connue sous son nom d’artiste Philippine Pascal devient Baronne Philippine de Rothschild Elle est l’arrière-arrière-arrière-petite-fille de Nathan, le chef de la branche anglaise de la famille. Elle incarne la cinquième génération. Celle qui fut à l’âge de onze ans miraculeusement épargnée par les nazis, reprend les rênes du château en perpétuant l’œuvre de son père. Son premier millésime fut 1989.

1991 La Baronne philippine crée Aile d’Argent renouant avec une ancienne tradition médocaine. Mouton-Rothschild a planté au début des années 1980, 4 ha de vignes en cépages blancs. Ce nom repris par la Baronne est le titre d’un conte que lui écrivit son père et qui fut publié par Gallimard en 1947 (Aile d’argent la Magique). Aujourd’hui, la superficie est de 6ha. Elle est située sur le terroir de Mouton-Rothschild, trois parcelles de nature sablo-graveleuse avec en sauvignon blanc (56 %), sémillon (43%), et muscadelle (1%). La production est de 10 000 bouteilles par an environ.

1994  Cette année là, Mouton va produire à partir du millésime 1993 un second vin Petit Mouton de Mouton Rothschild. On y assemble les trois cépages de Mouton mais venant de vignes plus jeunes (cabernet sauvignon, merlot et cabernet franc) selon les caractéristiques de chaque millésime. La Baronne a choisi pour son second vin, une étiquette inspirée d’un dessin du célèbre peintre affichiste Jean Carlu de style Arts-Déco réalisé en 1927 sans oublier que Petit Mouton est aussi le nom de la résidence de la Baronne au cœur même du domaine..

1997  Une nouvelle aventure pour la baronne, le Chili avec Almaviva, un vignoble de 71 ha sur le terroir de Puente Alto. Almaviva est le fruit d’une rencontre entre  1/ le savoir-faire de Mouton-Rothschild, 2/ un terroir d’exception, la vallée de Maipo apporté dans l’association par Concha y Toro, le plus grand producteur de vin du Chili et 3/ un cépage bordelais le cabernet sauvignon, qui a trouvé ici au Chili, plus qu’une terre d’accueil, une seconde patrie. Ajoutez à cette triple alliance, des journées chaudes et ensoleillées tempérées par la pureté et la fraîcheur des eaux descendues de la Cordillère des Andes. Nul doute qu’Almaviva, âme vive est un vin qui par sa force et sa subtilité rend hommage à Mozart et à ce comte Almaviva Grand d’Espagne dont la voix de baryton flamboyante illumine Les noces de Figaro (Nozze di Figaro).

A tout cela, faudrait-il ajouter les 48 ha plantés en vignes du domaine de Baron’Arques à Saint-Polycarpe, terroir limouxin dans l’Aude ; un vin de marque célèbre dans le monde entier Mouton Cadet avec, Réserve Mouton Cadet, les Cuvées Baron et Baronne et au Chili, Escudo Rojo et ses vins de cépages.

Baron Philippe de Rothschild S.A dont le siège social est à Pauillac est présidée par la Baronne Philippe de Rothschild. Ses effectifs sont de 550 personnes. La société produit 30 millions de bouteilles dont 80 % sont exportées.

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