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Petrus (Pomerol) Cru hors classe (Bordeaux)

Petrus (Pomerol) Cru hors classe (Bordeaux), vin rouge : pourquoi se parer du titre de château quand on s’appelle Petrus, quand ce seul nom relève du mythe et que ce vin est considéré comme le plus célèbre du monde ? Doit-on se souvenir que, jusqu’en 2002, Petrus ne possédait ni chai ni bâtiment sur son exploitation ! (Un chai et un réfectoire ont été depuis réalisés), juste une modeste maison de plain-pied. Et sur un mur extérieur, près de la grille d’entrée, une statuette de Saint Pierre, le Petrus latin, l’un des douze apôtres qui donne son nom à la propriété.

L’argile, le secret de Pétrus

Petrus, c’est d’abord un terroir unique au monde sur le fameux plateau de Pomerol couvrant 20 ha qui accueille également en partie, deux autres célèbres châteaux, la Conseillante et l’Evangile. Mais Petrus en occupe le point culminant, le haut d’une butte de 40 m, communément appelée la Boutonnière argileuse de Pétrus ; un terroir froid puisque argileux ceinturé de graves et de sables. Tout le secret de Petrus est là, ces fameuses argiles noires gonflantes très fines datant de 40 millions d’années ; de l’argile à smectites qui a la propriété de stocker l’eau pour la restituer goutte à goutte à la vigne. Cette argile agit comme une sorte d’éponge qui absorbe l’eau mais dont l’excès, comme un drain naturel va s’écouler vers le bas du plateau. La vigne est ici faiblement enracinée sur 60 à 70 cm de profondeur plongeant entièrement dans cette couche d’argiles noires qui a la particularité de reposer sur une seconde couche d’argile mais d’argile bleue riche en fer (crasse de fer). Un mystère dans cette région où les sols sont généralement graveleux !

Nulle part ailleurs qu’à Pomerol

Ce type de sol n’est présent nulle part ailleurs qu’à Pomerol ; et sur ces argiles, le merlot s’épanouit de manière exceptionnelle. On comprend donc l’encépagement de Petrus dominé à 95 % par le merlot complété de cabernet franc (5%). Cette régulation de l’eau par les argiles du sol et du sous-sol est un formidable apport de fraîcheur pour la vigne en période sèche et chaude. Il donne aux vins une épaisseur, une chair, un charme extraordinaire dit Olivier Berrouet, l’œnologue de Petrus qui a succédé à son père, Jean-Claude, en 2008. Petrus est un vin qui offre en effet  une concentration extrême de saveurs fruitées d’où peut-être une certaine austérité dans sa jeunesse. Il se démarquent souvent par un arôme typique de truffe et son aptitude au vieillissement est étonnante.

Un vignoble qui n’a de modeste que la taille

Sans doute faut-il préciser que Petrus est un vignoble de taille modeste, 11 ha 48 a 58 ca précisément ; que les vignes ont en moyenne 35 ans et plus ; qu’on y effectue  un travail en vert méticuleux et rigoureux tout au long de l’année (éclaircissage, effeuillage) pour permettre d’homogénéiser la maturation ; que la totalité de la récolte est ramassée en deux après-midi et que les fermentations menées en cuves (ciment thermo-régulées) sont suivies de l’élevage du jeune vin en barriques de chêne renouvelées chaque année.

  • La production annuelle se monte seulement à 30 000 bouteilles aujourd’hui (45 000 en 1985).

Petrus, quelle saga !

Quelle saga ! Il est question d’une très vieille héritière du plus mythique des vins du monde mais sans héritier elle-même, d’une mise sous tutelle, d’une instruction ouverte pour abus de faiblesse, d’une trop grande prodigalité envers ses proches dont certains furent mis en cause par la justice. Mais ce n’est pas tout. On parle également de mauvais traitement, d’abus de confiance, de donations contestées, d’assurance-vie douteuse, de millions d’euros égarés. Une histoire de famille somme toute mais qui commence comme un conte de fées.

Servi au mariage d’Elizabeth d’Angleterre

En 1923, Marie-Louise Loubat, une libournaise achète quelques arpents de vigne sur les hauteurs de Pomerol à une famille, les Arnaud qui au XIXe siècle eurent la curieuse idée de baptiser ce lieu du nom du premier pape, Petrus (Pierre en latin). On doit à Marie-Louise Loubat d’avoir été la première à déceler dans ce vin des qualités exceptionnelles. L’ascension de Petrus est liée à la ténacité et à l’ambition de cette femme qui en deviendra l’unique propriétaire en 1945. Mais le vignoble est dans un triste état. Elle confie alors Petrus à un vigneron de génie, le corrézien Jean-Pierre Moueix dont la famille aujourd’hui est propriétaire d’une multitude de châteaux et contrôle près de 50 % du négoce de Pomerol. En quelques années Petrus va atteindre des sommets. Il est servi en 1947 au mariage d’Elizabeth, future reine d’Angleterre qui a la charmante délicatesse d’inviter la propriétaire du cru aux noces royales. Plus tard, il conquiert la Maison Blanche, les Kennedy, Marilyn Monroe et bien d’autres américains font de Petrus leur vin préféré.

Elle meurt sans héritier

En 1961, Marie-Louise Loubat meurt sans héritier. Elle a légué sa fortune et la moitié de Petrus à sa nièce Lily Lacoste (notre vieille dame). L’autre moitié tombe dans les mains de son cousin. Mais 3 ans plus tard, celui-ci cède ses parts à Jean-Pierre Moueix. De cette vente est née une haine tenace entre les héritiers. Pourtant en 1969, Lily Lacoste cèdera elle aussi la nue propriété de ses parts à ce même Jean-Pierre Moueix dont la famille se portera acquéreur de la totalité de Petrus en 2001.

Entre les mains d’une grand famille viticole

Aujourd’hui, le fils de Jean-Pierre, Jean-François Moueix est le propriétaire de Petrus et son autre fils, Christian, le gérant. Quant à la vieille dame, déjà loin de ce tohu-bohu financier et judiciaire qu’elle provoqua, elle continua jusqu’à la fin à jouer Chopin et Liszt sur son piano. Elle s’est éteinte presque centenaire en 2006. En 2010, la chambre de l’instruction a confirmé le non-lieu pour les mis en examen soupçonnés d’avoir abusé de Lily Lacoste. Ainsi, 8 ans après le début de l’instruction et quatre ans après la disparition de Lily Lacoste, se refermait le dossier pénal de la richissime héritière de Petrus.

Des Petrus de tous les records

En 1997, l’étude Tajan, spécialisée dans la vente aux enchères des très grands vins, adjugeait  une caisse de douze bouteilles de Petrus 1982 pour l’équivalent de 15 000 € !  En 2011, cette caisse de ce même 1982, se vendait aux enchères à Hong-Kong 46 349 € soit 3862 € le flacon. Autre exemple, le Petrus 2000 noté 100 (le maximum) par Robert Parker se négocie aujourd’hui 8132 € la bouteille. Un petit millésime comme 2004 atteint (quand même !) 1650 €  loin d’un 2005 adjugé à 3500 €. Enfin, et à titre de conclusion, évoquons, ces sommes stratosphériques  atteintes en octobre 2011  à New York pour une caisse de Petrus 1961. Elle a décroché chez  Christie’s l’enchère la plus élevée soit 144 000 $ (104 200 €), un prix jamais atteint pour une caisse de Pomerol. Petrus est aujourd’hui un rêve mais un rêve qui vaut presque le prix de l’or… en bouteille (40 200 € le lingot d’1 kg).

Les grands millésimes

…2009, 2008, 2006, 2005, 2003, 2000, 1998, 1996, 1995, 1994, 1993, 1990, 1989, 1988, 1987, 1986, 1985, 1984, 1983, 1982, 1981, 1980, 1979, 1976, 1975, 1973, 1971, 1970, 1967, 1966, 1964, 1962, 1961, 1959, 1950, 1949, 1947, 1945, 1929, 1921, 1900…

Quant au dernier, le 2009 (évalué aujourd’hui à 2650€ la bouteille) écoutons plutôt son œnologue Olivier Berrouet le décrire au Guide Hachette des vins et rêvons un peu :

La robe d’un pourpre profond est animée de reflets rubis scintillants. Le bouquet se révèle à la fois intense et subtil, toasté et torréfié en première approche, avant d’évoluer sur de fines notes de cerise mûre, de cassis et d’épices douces, rehaussées par une nuance de mine de crayon et de fumée. L’attaque est suave et soyeuse, prélude délicat à un palais riche, ample et dense, tapissé de tanins veloutés extraits avec une douceur rare. En finale, la menthe poivrée se mêle longuement à la réglisse et à une noble amertume qui apporte du tonus et de la complexité. Un Pomerol caressant et élégant, hors catégorie.

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