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Petrus (Pomerol) Cru hors classe (Bordeaux)

Petrus

Petrus, l’un des apôtres qui a donné som nom au domaine

Pourquoi se parer du titre de château quand on s’appelle Petrus, quand ce seul nom relève du mythe et que ce vin est considéré comme le plus célèbre du monde ? Doit-on se souvenir que Petrus ne possédait ni chai ni bâtiment sur son exploitation, juste une modeste maison de plain-pied ! Et sur un mur extérieur, près de la grille d’entrée, une statuette de Saint Pierre, le Petrus latin, l’un des douze apôtres qui donne son nom à la propriété. En 2014, après 3 ans de travaux, Petrus se dotait d’un nouveau chai avec cuves parcellaires. Un projet simple et fort voulu par Jean-François Moueix propriétaire de Petrus ! Il en confia la conception aux architectes Jean-Pierre Errath, responsable de la rénovation de Château Angélus en 2012  et Bernard Mazières qui travailla à  Yquem, Latour et Mouton Rothschild.

Petrus 2014

Petrus, nouveau chai, nouveaux aménagements achevés en 2014

L’argile, le secret de Petrus

Petrus, c’est d’abord un terroir unique au monde sur le fameux plateau de Pomerol couvrant 20 ha qui accueille également en partie, deux autres célèbres châteaux, la Conseillante et l’Evangile. Mais Petrus en occupe le point culminant, le haut d’une butte de 40 m, communément appelée la Boutonnière argileuse de Pétrus ; un terroir froid puisque argileux ceinturé de graves et de sables. Tout le secret de Petrus est là, ces fameuses argiles noires gonflantes très fines datant de 40 millions d’années ; de l’argile à smectites qui a la propriété de stocker l’eau pour la restituer goutte à goutte à la vigne. Cette argile agit comme une sorte d’éponge qui absorbe l’eau mais dont l’excès, comme un drain naturel va s’écouler vers le bas du plateau. La vigne est ici faiblement enracinée sur 60 à 70 cm de profondeur plongeant entièrement dans cette couche d’argiles noires qui a la particularité de reposer sur une seconde couche d’argile mais d’argile bleue riche en fer (crasse de fer). Un mystère dans cette région où les sols sont généralement graveleux !

Carte Pomerol avec Petrus

Carte Pomerol avec Petrus

Nulle part ailleurs qu’à Pomerol

Ce type de sol n’est présent nulle part ailleurs qu’à Pomerol ; et sur ces argiles, le merlot s’épanouit de manière exceptionnelle. On comprend donc l’encépagement de Petrus dominé à 95 % par le merlot complété de cabernet franc (5 %). Cette régulation de l’eau par les argiles du sol et du sous-sol est un formidable apport de fraîcheur pour la vigne en période sèche et chaude. Il donne aux vins une épaisseur, une chair, un charme extraordinaire dit Olivier Berrouet, l’œnologue de Petrus qui succéda à son père, Jean-Claude, en 2008. Petrus est un vin qui offre en effet  une concentration extrême de saveurs fruitées d’où peut-être une certaine austérité dans sa jeunesse ; un vin qui se démarque souvent par un arôme typique de truffe et son aptitude au vieillissement est étonnante !

Un vignoble qui n’a de modeste que la taille

Petrus

Petrus, modeste que par la taille, un peu plus de 11 ha

Sans doute faut-il préciser que Petrus est un vignoble de taille modeste, 11 ha 48 a 58 ca précisément ; que les vignes ont en moyenne 35 ans et plus ; qu’on y effectue  un travail en vert méticuleux et rigoureux tout au long de l’année (éclaircissage, effeuillage) pour permettre d’homogénéiser la maturation ; que la totalité de la récolte est ramassée en deux après-midi et que les fermentations menées en cuves (ciment thermo-régulées) sont suivies de l’élevage du jeune vin en barriques de chêne renouvelées chaque année.

  • La production annuelle se monte seulement à 30 000 bouteilles aujourd’hui (45 000 en 1985).

Petrus, quelle saga !

Oui, une véritable saga ! Où il est question d’une très vieille héritière du plus mythique des vins du monde mais sans héritier elle-même ; d’une mise sous tutelle ; d’une instruction ouverte pour abus de faiblesse ; d’une trop grande prodigalité envers ses proches dont certains furent mis en cause par la justice. Mais ce n’est pas tout. On parle également de mauvais traitements, d’abus de confiance, de donations contestées, d’assurance-vie douteuse, de millions d’euros égarés. Une histoire de famille somme toute mais qui commence comme un conte de fées.

En 1923, Marie-Louise Loubat, une libournaise achète quelques arpents de vigne sur les hauteurs de Pomerol à une famille, les Arnaud qui au XIXe siècle eurent la curieuse idée de baptiser ce lieu du nom du premier pape, Petrus (Pierre en latin). On doit à Marie-Louise Loubat d’avoir été la première à déceler dans ce vin des qualités exceptionnelles. L’ascension de Petrus est liée à la ténacité et à l’ambition de cette femme qui en deviendra l’unique propriétaire en 1945. Mais le vignoble est dans un triste état. Elle confie alors Petrus à un vigneron de génie, le corrézien Jean-Pierre Moueix dont la famille aujourd’hui est propriétaire d’une multitude de châteaux et contrôle près de 50 % du négoce de Pomerol.

Elle meurt sans héritier

En 1961, Marie-Louise Loubat meurt sans héritier. Elle a légué sa fortune et la moitié de Petrus à sa nièce Lily Lacoste (notre vieille dame). L’autre moitié tombe dans les mains de son cousin. Mais 3 ans plus tard, celui-ci cède ses parts à Jean-Pierre Moueix. De cette vente est née une haine tenace entre les héritiers. Pourtant en 1969, Lily Lacoste cédera elle aussi la nue propriété de ses parts à ce même Jean-Pierre Moueix dont la famille se portera acquéreur de la totalité de Petrus en 2001. Quant à la vieille dame, déjà loin de ce tohu-bohu financier et judiciaire qu’elle provoqua, elle continua jusqu’à la fin à jouer Chopin et Liszt sur son piano. Elle s’est éteinte presque centenaire en 2006.

En 2010, la chambre de l’instruction a confirmé le non-lieu pour les mis en examen soupçonnés d’avoir abusé de Lily Lacoste. Ainsi, 8 ans après le début de l’instruction et quatre ans après la disparition de Lily Lacoste, se refermait le dossier pénal de la richissime héritière de Petrus.

Petrus entre les mains d’une grand famille viticole, les Moueix

En quelques années Petrus va atteindre des sommets. Il est servi en 1947 au mariage d’Elizabeth, future reine d’Angleterre qui a la charmante délicatesse d’inviter la propriétaire d’alors aux noces royales. Plus tard, il conquiert la Maison Blanche, les Kennedy, Marilyn Monroe et bien d’autres américains font de Petrus leur vin préféré.

Jean Moueix,

Jean Moueix, à peine 30 ans, assure la direction de Petrus

Aujourd’hui, Jean-François Moueix (fils aîné de Jean-Pierre Moueix) est président de la holding familiale Videlot, propriétaire de Petrus*. Il a laissé la direction opérationnelle de son groupe à son fils, Jean Moueix intégrant Petrus et l’ensemble des activités de Duclot. Le groupe Duclot négociant de grands vins à Bordeaux s’est spécialisé également dans la vente de vins aux particuliers avec des magasins comme l’Intendant et Badie à Bordeaux, la Cave du Lafayette Gourmet à Paris, la Bordeauxthèque à Paris et à Pékin, Chateaunet avec son concept de site Internet et magasins associés, chateauprimeur… etc. Depuis 2014, Duclot est dirigé par Ariane Khaida. Petrus fut distribué jusqu’en 2011 par l’autre fils de Jean-Pierre Moueix, Christian Moueix, date à laquelle il céda la totalité de cette activité à son frère. C’est donc maintenant Jean-François Moueix et lui seul, qui assure la distribution et la commercialisation de Petrus à travers notamment le groupe Duclot.

Des Petrus de tous les records 

En 1997, l’étude Tajan, spécialisée dans la vente aux enchères des très grands vins, adjugeait  une caisse de douze bouteilles de Petrus 1982 pour l’équivalent de 15 000 € !  En 2011, cette caisse de ce même 1982, se vendait aux enchères à Hong-Kong 46 349 € soit 3862 € le flacon. Autre exemple, le Petrus 2000 noté 100 (le maximum) par Robert Parker se négocie aujourd’hui 8132 € la bouteille. Un petit millésime comme 2004 atteint (quand même !) 1650 €  loin d’un 2005 adjugé à 3500 €. Enfin, et à titre de conclusion, évoquons, ces sommes stratosphériques  atteintes en octobre 2011  à New York pour une caisse de Petrus 1961. Elle a décroché chez  Christie’s l’enchère la plus élevée soit 144 000 $ (104 200 €), un prix jamais atteint pour une caisse de Pomerol. Petrus est aujourd’hui un rêve mais un rêve qui vaut presque le prix de l’or… en bouteille (environ 36 000 € le lingot d’1 kg, valeur février 2015).

Le rêve d’y poser les lèvres

Olivier Berrouet

Olivier Berrouet, l’oenologue et le directeur de Petrus qui succéda à son père Jean-Claude Berrouet en 2008

Faisons un rêve, celui de poser nos lèvres sur un Petrus 2009. Son oenologue et directeur du domaine, Olivier Berrouet le décrit en ces termes : « La robe d’un pourpre profond est animée de reflets rubis scintillants. Le bouquet se révèle à la fois intense et subtil, toasté et torréfié en première approche, avant d’évoluer sur de fines notes de cerise mûre, de cassis et d’épices douces, rehaussées par une nuance de mine de crayon et de fumée. L’attaque est suave et soyeuse, prélude délicat à un palais riche, ample et dense, tapissé de tanins veloutés extraits avec une douceur rare. En finale, la menthe poivrée se mêle longuement à la réglisse et à une noble amertume qui apporte du tonus et de la complexité. Un Pomerol caressant et élégant, hors catégorie » (Guide Hachette des vins 2011). Petrus est aujourd’hui un rêve, un rêve qui vaut son pesant d’or.

Les grands millésimes

Petrus millésime 1985

Petrus millésime 1985

…2009, 2008, 2006, 2005, 2003, 2000, 1998, 1996, 1995, 1994, 1993, 1990, 1989, 1988, 1987, 1986, 1985, 1984, 1983, 1982, 1981, 1980, 1979, 1976, 1975, 1973, 1971, 1970, 1967, 1966, 1964, 1962, 1961, 1959, 1950, 1949, 1947, 1945, 1929, 1921, 1900…

Ne cherchez pas un Petrus millésime 1991. Il n’existe pas pour la bonne raison que cette année là, la qualité n’était pas au rendez-vous.

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