Romanée-Conti (la Romanée-Conti) Grand Cru de la Côte de Nuits (Bourgogne), Domaine de la Romanée-Conti (DRC)

Romanée-Conti (la Romanée-conti) Grand Cru de la Côte de Nuits (Bourgogne) vin rouge (pinot noir exclusivement) : 1 ha 814 sur la commune de Vosne-Romanée, surface qui n’a pas variée d’un centimètre depuis 1580 (une carte de 1512 précise le nom des deux parcelles qui formeront la Romanée-Conti : Le Cloux des Cinq Journaux et Les Trois Ouvrées) ; une production entre 3000 et 6000 bouteilles selon les millésimes, toutes numérotées, vendues à l’unité et distribuées au compte-goutte ; des flacons de légende quasiment introuvables, happés par une demande mondiale qui ne cesse de croître, atteignant des sommes vertigineuses (87 815 € pour une Romanée-Conti 1945 lors d’une vente aux enchères en 2011)…

C’est le plus proustien des grands vins

Alors comment décrire le plus grand vin rouge de Bourgogne si ce n’est du monde quand, dès le premier clic sur le site du DRC (Domaine de la Romanée-Conti), on est averti ? Vin de Prince, elle (la Romanée-Conti) est velours, séduction et mystère. C’est le plus proustien des grands vins : sous le parfum secret de pétale de rose à peine fanée d’une Romanée-Conti 1956, n’est-ce pas l’intense et pure sensation du Temps retrouvé qui nous envahit ? Tout dégustateur ne peut alors qu’hésiter à le décrire, sans doute par manque de mots mais surtout par manque de bouteille (c’est en effet l’un des vins les plus rares et les plus chers du monde). A entendre les happy few qui ont eu l’honneur de le porter à leurs lèvres, sont évoqués des arômes de rose, de violette, des notes d’épices, de truffe et de cuir qui se révèlent après 10 ans, 50 ans de garde, voire plus.

Le vin du prince

Ce magnifique terroir de Vosne-Romanée qui repose sur des sols bruns calcaires fortement argileux (60 cm) est encore le reflet de ce qu’il était il y a des siècles à l’exception peut-être de quelques tombereaux de terre que fit apporter au XVIIIe siècle le prince de Conti (1717-1776). Le vignoble qui fut ecclésiastique (domaine des moines clunisiens de Saint-Vivant) depuis le XIVe siècle, fut acquis en 1760 par Louis-François de Bourbon, prince de Conti, prince du sang, un grand mécène, généreux et éclairé, propre à tout et capable de rien raillaient les mauvaises langues. Il fit construire la Goillotte, demeure et bâtiments viticoles qui appartiennent toujours au Domaine. A sa fastueuse table, il faisait servir son vin de la Romanée, que tous les grands de l’Europe lui enviaient. Sa réputation était telle qu’à la Révolution, la Romanée, devenue bien national fut baptisée Conti par ceux là même qui le confisquèrent parmi lesquels on compte les ancêtres de l’un des actuels cogérants. Face à la propagation du phylloxera dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les propriétaires d’alors refusèrent tout bonnement l’idée de reconstituer leur précieux vignoble sur porte-greffes américains. Ils s’acharnèrent à le cultiver franc de pied à force d’adjonction de sulfure de carbone* dans le sol.

*Solvant composé de charbon et de soufre, utilisé comme fongicide et insecticide.

Contre le phylloxera, le sulfure de carbone

Cette solution n’était autre qu’un pis aller qui prit fin pendant la Seconde Guerre mondiale, quand le produit vint à manquer. Il fallut se résoudre à l’arrachage à partir d’octobre 1945 (il ne fut produit cette année là que 608 bouteilles). C’est ainsi que pendant cinq années, de 1946 à 1951, aucun millésime ne fut produit. On replanta en 1947 sur des pieds américains mais les greffons choisis provenaient de la Tâche. Le nouveau vin n’arriva qu’en 1952.

En 1974, de nouveaux statuts de la société vont établir un conseil de surveillance entre les deux familles propriétaires. Il est occupé alors par Henri Leroy (la Maison Leroy avait fait l’acquisition de la moitié du Domaine de la Romanée-Conti en 1942) et Henri de Villaine. On établit aussi une codirection animée par leurs enfants, Lalou Bize-Leroy (une des plus ferventes adeptes de la biodynamie) et Aubert de Villaine. A la suite de dissensions, et peut-être d’un conflit d’intérêt, Lalou Bize-Leroy quittera en 1992 la cogérance au profit de son neveu. Elle est restée propriétaire, à tire personnel, de 25% des parts de la DRC.

L’intrusion d’un groupe japonais

Auparavant, rien n’avait pourtant pu  empêcher une tentative d’effraction (réussie) lorsqu’en 1988, le loup essaya de forcer la porte de la bergerie, en l’occurrence le groupe japonais Takashimaya, l’un des plus grands groupes japonais de distribution. Inutile d’évoquer la tempête de protestations dans les climats bourguignons : La Romanée-Conti restera française s’exclama indigné le ministre de l’agriculture de l’époque (Henri Nallet), envisageant de classer le site comme une cathédrale qui relèverait du patrimoine culturel national. Mais en 1990, avec l’accord du gouvernement, Lalou Bize-Leroy et sa soeur Pauline vendaient 33,32 % de leurs parts dans la Maison Leroy à cette même société japonaise Takashimaya (en fait, leur agent au Japon).

Le Domaine est toujours dirigé par deux associés-gérants : Aubert de Villaine et Lalou Bize-Leroy, de 1974 à 1991, puis Aubert de Villaine et Charles Roch, remplacé à son décès en 1992 par Henry-Frédéric Roch, le représentant de la famille Leroy dont les descendants sont associés à part égales aux Villaine. Ainsi aujourd’hui dénombre-t-on une quarantaine d’héritiers des deux familles qui perpétuent l’héritage de la Romanée-Conti.

En biodynamie depuis 2007

Sur le domaine, on pratique depuis 2007 la biodynamie sur l’ensemble du vignoble. Le cheval est à nouveau utilisé. Un grand vin se fait dans la vigne affirmation que ne démentirait pas Aubert de Villaine, copropriétaire du Domaine, aujourd’hui âgé de 73 ans qui fut élu Decanter Man of The Year 2010 par le journal spécialisé anglais éponyme. Après des études de droit et de littérature et avant de mettre ses pas dans ceux de son père, il débuta sa carrière à New-York par l’importation de vins de Bourgogne. Il pratiqua aussi à l’occasion le journalisme. A son actif, un interview de Robert Mondavi en 1966. Est-la raison pour laquelle il s’associa en 2000 avec un cousin de son épouse américaine, Pamela, Larry Hyde, qui possède un vignoble à Carneros, dans la Napa Valley ? Sans doute pour promouvoir là-bas sa philosophie du vin et la révolution de la biodynamie !

La pureté charnelle d’un grand vin

Aubert de Villaine aime établir une relation entre la musique et ses vins. Il parle de relation consanguine, quasi physique entre la transparente, la pureté, la chair d’une note de musique et la transparence, la pureté charnelle d’un grand vin. Bel hommage à la Romanée-Conti !

13 grands crus dont une seule Romanée-Conti

Ici, à la Romanée-Conti, les rendements sont faibles (25 à 30 hl/ha), les vendanges se font souvent par tries successives pour ne récolter que les seules baies arrivées à pleine maturité. Au Domaine, on est adepte de vendanges tardives pour obtenir un moût riche en sucre. Les vins sont ensuite élevés en fûts de chêne neufs venus de la forêt de Tronçais, dans l’Allier, pour une gestation de 24 mois. Ainsi, face à une offre si faible, vous ne pourrez acquérir qu’une caisse de 13 bouteilles panachées dont un unique flacon de Romanée-Conti. Les douze autres bouteilles sont également des grands crus de la Côte de Beaune et de la Côte de Nuits du Domaine mais plus accessibles si l’on peut dire : Echézeaux, Grand Echézeaux, Romanée-Saint-Vivant, Richebourg, la Tâche et Montrachet. L’ensemble est proposé en primeur à 5596 € (pour le millésime 2009).

Combien de bouteilles produites ?

2008 : 3151
2007 : 4088
2006 : 5546
2005 : 5489
2004 : 5663
2003 : 3575
2002 : 5548
2001 : 6407
2000 : 6286
1999 : 6917
1998 : 5064
1997 : 4814

Domaine de la Romanée-Conti, quelle étendue ?   

La Société Civile du Domaine de la Romanée-Conti possède des vignes sur les grands crus communaux de Vosne-Romanée et Flagey-Echézeaux :

  • Romanée-conti (1 ha 805) en monopole ;
  • La Tâche (6 ha 062) en monopole ;
  • Richebourg  (3 ha 511) ;
  • Romanée-St-Vivant (5 ha 285) ;
  • Grands Echézeaux (3 ha 526) ;
  • Echézeaux (4 ha 670).

Elle possède aussi une parcelle de Montrachet (0 ha 676) sur les 8 ha de l’appellation. Les familles Leroy et de Villaine sont propriétaires à parts égales de ce domaine dont l’histoire s’égraine sur 11 siècles.

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