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Yquem (château d’Yquem) Premier Grand Cru de Sauternes (Bordeaux)

Article publié le 22 décembre 2012 © Dico-du-Vin

Yquem (château d’Yquem) Premier Grand Cru de Sauternes (1855) vin liquoreux : Yquem est un vin qui tend au chef-d’œuvre absolu. Combien sont ces vins dans le monde à avoir le pouvoir de faire rêver  autant qu’Yquem ? De plus, parmi tous les plus prestigieux crus du Bordelais, Yquem est le seul à posséder un véritable château médiéval avec ses tours rondes, ses tours carrées et ses murs crénelés. Aujourd’hui encore, cette imposante forteresse du XVIe siècle, inscrite aux Monuments Historiques depuis 2003, domine de son incroyable perfection le Sauternais. A ses pieds, son vignoble entretenu comme un jardin, ondule en pentes douces vers la Garonne. C’est ce vallonnement qui induit des écosystèmes différents selon les parcelles faisant la richesse d’un terroir béni des dieux.

Le génie des lieux

Yquem pourrait se résumer à trois croupes, les plus hautes de l’appellation dotées d’une incroyable alchimie. Elle offre en surface, des sols chauds et séchant faits de galets de grosses graves tout en bénéficiant d’une certaine humidité en raison de la nature argileuse du sous-sol. Car ici, qui pourrait le croire, sur les pentes d’Yquem de nombreuses sources affleurent au point d’avoir obligé le château à drainer ses vignes dès le XIXe siècle (100 km de drains). Le domaine couvre aujourd’hui 113 ha de vignes dont une centaine en production et une douzaine en repos après replantation. Le vignoble est composées de sémillon à 80 % riche et séveux qui fournit charpente et volume et de sauvignon précoce mais moins régulier qui complète le vin par ses arômes et sa finesse.

A peine un verre par pied de vigne

La production est limitée à un peu moins de 8 hl par hectare avec l’objectif d’obtenir des vins à 20° d’alcool naturel soit 14° sur pied en maturité physiologique (le botrytis faisant le reste). Les vendanges se prolongent pendant deux mois (en 1985, elles se sont terminées le 19 décembre) avec six ou sept passages en moyenne. A Yquem, on vendange souvent l’après-midi, après la dissipation des brouillards matinaux. A chaque automne sonne donc l’heure de vérité. Le raisin est cueilli à la main, grain par grain. Certaines grappes exigent jusqu’à quatorze tries ; beaucoup sont jetées. Ici, en moyenne on tire à peine un verre par pied de vigne. Le moût est pressé dans la journée et mis en fûts de chêne neufs où il fermentera de deux à quatre semaines dans un chai tiède. La fermentation va s’arrêter naturellement aux environs de 13,5° d’alcool acquis laissant environ 125 g/l de sucres formant la liqueur de l’Yquem. Chaque journée de vendange a été élevée séparément pendant 6 à 8 mois en barrique pour aboutir à un pré-assemblage parmi les lots sélectionnés. C’est après cet élevage seulement que sera décidé si ce vin est accepté comme pouvant entrer dans la composition d’un Yquem.

Des bouchons armés pour un très long vieillissement

Commence ensuite la longue période de l’élevage rythmé par deux ouillages hebdomadaire et tous les 3 mois par des soutirages de barrique à barrique. Elle  se terminera avec la mise en bouteilles au cours du quatrième printemps suivant les vendanges avec des bouchons de 54 mm seuls capables de résister à un temps qui peut se révéler incroyablement long.

La malédiction des vingt ans

Pour ne pas sacrifier à la qualité, il arrive que dès la fin des vendanges à cause notamment de mauvaises conditions climatiques, le château prenne la décision de se priver d’un millésime. C’est le cas de 2012, du à une excellence insuffisante conséquence d’une nature qui ne fut pas au rendez-vous. 1012 est donc la première année du XXIe siècle à subir ce sort contre neuf au XXe siècle dont 1952, 1972 et 1992. Existerait-il alors une malédiction des vingt ans telle que le suggère dans un demi-sourire Pierre Lurton, son directeur ?

La production

  • Seul le meilleur vin du domaine est vendu sous le nom de château d’Yquem, donnant selon les années entre 20 000 et 120 000 bouteilles. Elles ont l’honneur de porter l’étiquette sans doute la plus célèbre du monde et qui par dérogation exceptionnelle n’a pas obligation à faire figurer toutes les mentions légales obligatoires comme un autre vin (elles le sont mais sur la contre-étiquette).
  • Le château produit également certaines années lorsque les conditions le permettent « Y » un grand blanc sec du Sauternais composé à part égale de sémillon et de sauvignon.

Une incroyable perfection

Vouloir décrire les parfums et les arômes d’Yquem, définir sa complexité, d’après Sandrine Garbay maître de chai du château depuis 1998 c’est essayer de percer un mystère. Ce vin sublime que Frédéric Dard comparait à de la lumière bue raconte une histoire à travers son essence. On le décrit comme extraordinairement soyeux, équilibré entre douceur et fraîcheur, présent sans être oppressant avec cependant quelques touches d’amertume. Il possède surtout une incroyable persistance aromatique. Si dans sa jeunesse, le nez est marqué par l’abricot, la mandarine, les fruits exotiques et par des notes boisées comme la vanille et le pain grillé, avec l’âge, la palette aromatique devient immense. On est alors sur l’abricot sec, le pruneau, la marmelade avec des notes épicées comme la cannelle, le safran ou la réglisse et même florales (le tilleul).

A  demander au comte de Lur-Saluces

Yquem fut d’abord une place forte tenue par les Anglais au XVe siècle, lorsqu’ils occupaient l’Aquitaine. Après le rattachement de la région au royaume de France par Charles VII, une lignée de notables locaux, la famille Sauvage en 1593, se voit octroyer les droits de tenue simple d’Yquem. Elle entreprend alors, la construction du château et constitue le vignoble actuel en le sélectionnant parcelle par parcelle. On fait donc du vin à Yquem depuis des siècles mais sa réputation mondiale est plus récente puisqu’elle ne date que du milieu du XIXe siècle. Ce vin eut la chance extraordinaire de tomber en 1785, dans l’escarcelle de la célèbre famille des Lur-Saluces. C’est à cette date en effet que Françoise Joséphine de Sauvage d’Yquem, dernière héritière de la lignée épousait le comte Louis Amédée de Lur Saluces. Deux ans plus tard, en mai 1787, Thomas Jefferson (futur président des Etats-Unis) se rendait à Yquem. A son retour à Philadelphie, il commanda au consul de Bordeaux, trente douzaine de bouteilles d’Yquem pour le président Georges Washington (et dix douzaine pour lui-même) à demander au comte de Lur-Saluces car précisa-t-il c’est un vin excellent qui semble avoir agréé le palais des américains plus qu’aucun vin que j’ai jamais vu en France.

Pierre Lurton, le chevalier blanc d’Yquem

A la tête du château, pendant six générations, les Lur Saluces n’eurent de cesse que de préserver, défendre et améliorer un patrimoine de plus de quatre siècles. C’est eux qui portèrent ce vin au zénith faisant d’Yquem un cru mythique. Mais après 35 ans passés au service d’Yquem, le comte Alexandre de Lur-Saluces dut en 1999 passer la main, abandonner la légende d’Yquem à d’autres. Il vit aujourd’hui replié sur ses terres du château de Fargues en Sauternais. Depuis, Yquem est sous le contrôle de LVMH (Moët Hennessy Louis Vuitton) avec Bernard Arnault, première fortune d’Europe, comme actionnaire principal. En 2004, il confiait Yquem à Pierre Lurton issu d’une grande lignée de viticulteurs bordelais : lorsque je déguste, dit-il, je crache le Cheval Blanc mais, à Yquem, je bois. Ce passionné de viticulture s’était en effet  vu confier la responsabilité du château Cheval Blanc, le grand voisin de Saint-Emilion et un autre prestigieux domaine, à une belle chevauchée de là, Cheval des Andes… en Argentine.

Ces bouteilles qui brûlent des étés d’autrefois

Les étés d’autrefois brûlent dans les bouteilles d’Yquem écrivait le romancier François Mauriac en voisin de Malagar sur l’autre rive, dans Le Baiser au lépreux. Il faut admettre que les noms qui inspirent autant de respect sont très rares de part le monde. Si chaque bouteille peut atteindre une petite fortune, il faut savoir qu’Yquem est aujourd’hui, le vin blanc le plus cher du monde dont raffolent les nouvelles fortunes mondiales. A titre de preuve, les 85 000 € atteint en 2011 pour un millésime 1811, année il est vrai de l’apogée de l’empire napoléonien. Vous avez dit éternité !

Les grands millésimes 

…1825, 1847, 1865, 1870, 1893, 1904, 1921, 1937, 1947, 1959, 1967, 1976,1983, 1986, 1988, 1989, 1990, 1995, 1996, 1997, 2000, 2001, 2003, 2005, 2010…

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